Narendra Modi ne tient pas ses promesses. Réélu pour un troisième mandat à la tête de l’Inde, pays aujourd’hui le plus peuplé au monde avec 1,4 milliard d’habitants, le dirigeant nationaliste hindou reste indifférent aux conditions des Indiennes si souvent victimes de crimes de genre et de violences sexuelles. La situation inquiète Yvette, qui a voyagé dans le pays. 

Par Yvette Fokoua.

Parler de la condition des femmes en Inde est un vaste sujet, tant les disparités peuvent être grandes entre elles en fonction de leur niveau social, de leur religion, de leur origine géographique ou encore de leur caste (censée être abolie, pourtant). Ce sont des femmes rencontrées à Pondichéry, un ancien comptoir français rattaché à l’Inde en 1956 avec ratification en 1962, qui m’ont aidée à réaliser cet article. Parler d’elles seulement serait très réducteur, mais il est quand même intéressant de savoir qu’il y a en Inde des femmes de nationalité française, de religion catholique, qui ont suivi une scolarité semblable à celle de nos jeunes Françaises et qui occupent des postes importants. Elles sont des descendantes des Indiens vivant dans les cinq comptoirs au moment de la présence française en Inde. En 1962, leurs aïeux ont eu le choix entre rester français ou devenir indien. Grâce à ces femmes, j’ai pu en apprendre davantage sur la condition féminine dans tout le pays. Sur le papier, elle ne devrait pas être préoccupante car la constitution indienne établie après le départ des Anglais, garantit l’égalité hommes/femmes – égalité des salaires, égalité des chances – et interdit toute discrimination protégeant la dignité des femmes également. 

Avec le développement économique fulgurant du pays, le statut social des femmes s’est beaucoup amélioré dans les villes et dans les milieux socio-culturels de bon niveau. C’est ainsi que des femmes ont pu devenir cheffes d’entreprise, parlementaires, gouverneures d’État et même Première ministre pendant 15 ans, (chère Indira Gandhi !)  

Mais pour l’immense majorité des Indiennes rurales ou citadines pauvres, leur situation est catastrophique. Elles sont infantilisées, soumises au père puis au mari, harcelées, violées, parfois tuées. La première atteinte qui leur est faite est l’infanticide post-natal. Dans les familles pauvres, une fille coûte cher, car il faut la doter pour le mariage, elle est donc souvent tuée après sa naissance. Cette pratique s’est atténuée depuis l’utilisation de l’échographie. Mais c’est le nombre d’avortements de fœtus du genre féminin qui a augmenté. Jusqu’à son mariage, la fille reste chez ses parents. Si elle va à l’école, ce sera moins longtemps qu’un garçon ou alors elle sera orientée vers une formation domestique. Les filles issues des familles particulièrement indigentes seront amenées à mendier ou à se prostituer après avoir été vendues ou volées par des proxénètes. 

Ciel, son sari a brûlé ! 
Le système de dote apportée par la jeune fille le jour de son mariage a beau être interdit, il perdure dans toutes les classes de la société indienne. Seules les exigences de la famille du garçon ont changé. Un mariage est un marché conclu entre deux familles, chacune faisant valoir ses arguments. La dot, j’allais écrire le prix de la jeune fille, va dépendre de ses atouts, à savoir sa moralité, celle de sa famille, sa caste, sa beauté, sa robustesse pour travailler et porter de futurs enfants, sa couleur de peau (plus elle est claire plus elle vaut cher), son caractère, la quantité de bijoux possédés (en or 24 carats). Quand le marchandage est terminé, les futurs époux sont présentés l’un à l’autre, puis le mariage a lieu. Le mari emmène sa femme chez lui, ou plutôt chez ses parents, mais la belle-mère, investie d’un nouveau pouvoir, n’est pas toujours amicale, loin de là. Dans le pire des cas, la jeune femme est officiellement victime d’un incendie dans la cuisine : son sari a pris feu ! Le jeune veuf peut ainsi se remarier et recevoir une nouvelle dot. La jeune épousée peut aussi faire l’objet de violences ou même de viol de la part de son beau-père ou de son beau-frère. Plus elles sont pauvres, plus les filles sont mariées tôt ; les femmes d’âge mûr tiennent un catalogue de jeunes filles pauvres et mettent en relation les familles pour un éventuel mariage. Ces marieuses professionnelles jouent aussi un rôle au sein de la diaspora indienne partout dans le monde. Beaucoup de Français d’origine indienne font appel à ces marieuses pour épouser une femme indienne. Même dans les plus hautes classes sociales, le mariage dit d’amour reste rare et les jeunes Indiens font volontiers confiance à leurs parents pour leur trouver une épouse. Le mariage mixte auquel, j’ai assisté en 2018 à Pondichéry était un mariage d’amour (mari indien et hindou, épouse de nationalité française et catholique). Les deux jeunes s’étaient rencontrés à l’université mais leur union n’a pas duré : deux ans après leur mariage, ils ont divorcé et la jeune femme s’est suicidée en 2023. 

4,45 millions de crimes contre les femmes enregistrés en 2022
En Inde, les violences faites aux femmes ne se cantonnent pas à la sphère privée : qu’elles soient mariées ou célibataires, Indiennes ou étrangères, elles subissent dans la rue un harcèlement sexuel constant. De nombreux viols sont commis dans les transports publics. Et les violeurs sont rarement punis. Pour combien de temps encore l’Inde restera un pays excessivement dur et dangereux pour les femmes ? Selon le rapport annuel du National Crime Records Bureau, environ 4,45 millions de crimes contre les femmes ont été enregistrés en 2022 (Frontline, 2023). Une majorité d’entre eux étaient des actes de cruauté commis par des maris ou des proches (31%), des enlèvements de femmes (19%), des agressions et des attentats à la pudeur (19%) et des viols (7%). Et comment y remédier, sachant que Narendra Modi devient l’un des autocrates les plus dangereux du monde ?