L’Europe a des valeurs. C’est en tout cas ce qu’affirment les participants à notre revue de presse. Saura-t-elle les mettre en avant et donner tort à ceux qui la trouvent trop faible et en premier lieu le président des États-Unis ?
Revue de presse de la Maison des Aînés de Rouen.
Étaient présents : Christine, Eliane, Françoise A., Françoise V., Marie-Claude, Marie-Laure, Muriel, Patricia, Serge, Serge-Patrick, Sophie, Yvon.
Face aux colosses états-unien et chinois ou même à l’ogre russe, l’Europe parait parfois bien fragile. Son manque d’unité, ses intérêts économiques divergents, sa dépendance économique et technologique semblent freiner sa capacité à s’affirmer sur le plan international.
Les commentaires pour le moins désobligeants de Donald Trump à son égard alimentent particulièrement cette impression et génèrent de nombreuses inquiétudes. « Il est vrai que notre dépendance vis-à-vis des États-Unis devient problématique, développe Marie-Claude. Elle concerne des domaines très divers : système de paiements, Internet, armement » …
Un exemple s’impose pour Marie-Laure : « Plusieurs pays de l’Union européenne – l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Italie entre autres – ont acheté des avions de chasse américains F35 ; leur système informatique est géré par les États-Unis. Aujourd’hui, si nous voulions nous défendre contre les États-Unis, il nous faudrait le soutien logistique… des États-Unis. Les Français ont des Rafales qui sont autonomes ». Cette situation s’explique de plusieurs manières précise Yvon : « Quand ces pays ont investi dans des F35, ils pensaient que les États-Unis seraient toujours l’allié fiable en cas de conflit. Acheter leurs avions était une manière de rendre cette alliance plus concrète. Il faut aussi reconnaitre que le Rafale était beaucoup plus cher ».
Mais si l’Europe doit se démarquer de sa dépendance vis-à-vis des États-Unis, sa faiblesse principale est liée à son manque unité, « une faiblesse chronique » regrette Yvon. Pourtant, les menaces proférées par Donald Trump à propos du Groenland ont provoqué une réaction assez ferme et unanime en Europe. Huit pays ont immédiatement réagi et, comme le souligne Françoise V., « les pays qui sont restés plus mesurés ne sont pas pour autant hostiles à cette réaction, ils ont peut-être d’autres intérêts immédiats mais ils restent nos alliés ».
L’Union européenne a également répondu sur le plan économique ; elle a su prouver en cette circonstance qu’elle devait être prise au sérieux et cela a certainement joué dans la reculade de Donald Trump. C’est en tout cas ce que veulent croire les personnes présentent à notre revue de presse.
Cette solidarité, assez rare pour être remarquée, rappelle aussi que l’Union européenne peut se prévaloir de nombreuses qualités. « N’oublions pas que les Européens sont formés, efficaces et compétents, rappelle Marie-Claude. L’Europe a du savoir-faire, elle ne compte pas pour rien ».
Serge-Patrick met en avant la force de dissuasion militaire dont elle dispose : « La France possède des sous-marins nucléaires et avec le Royaume-Uni, son arsenal est très puissant. D’ailleurs, il est notable de voir qu’aujourd’hui les Britanniques semblent plus proches de l’Europe qui ne l’ont jamais été » !
Enfin, le potentiel économique de l’Europe n’est pas à négliger rappelle Serge-Patrick : « L’Union européenne représente 450 millions de personnes ! C’est un marché gigantesque avec une forte plus-value économique ».
Mais pour Françoise V., la grande force de l’Europe se situe au niveau de ses valeurs : « Nous sommes pétris du goût de l’indépendance et de la liberté. Nous aurons envie de les défendre. Je pense que nos dirigeants savent cela. C’est d’ailleurs, à mon avis, la grande faiblesse de Donald Trump. Sa puissance semble l’autoriser à tout oser mais il est finalement assez seul. L’opinion publique américaine est hostile à l’idée de la guerre et à ses projets d’invasion ».
Marie Laure est confiante : « Les Américains n’auront pas envie d’attaquer les Européens qu’ils ont défendus durant la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup d’Américains sont sensibles à l’histoire qui nous unit ».
On peut penser que l’attitude de Donald Trump et sa manière de déconsidérer ceux qu’il devrait traiter en amis a eu comme effet de créer un sentiment de solidarité pour lui résister. « Donald Trump rêve de devenir le maitre du monde, même si ce n’est encore qu’un fantasme tout le monde prend conscience du danger » suggère Patricia. Les ambitions du président américain concernant le Groenland se sont donc heurtées à un mur et l’Europe a montré qu’il fallait compter avec elle.
Cela n’efface pas tout danger pour autant et Eliane se méfie de ce que Trump est capable d’entreprendre : « Il ne supporte pas l’échec. Souvenons-nous de sa réaction quand il a perdu les élections face à Joe Biden : il a incité ses fidèles à envahir le Capitole ».
Christine confirme la crainte que cette incertitude fait planer : « Tout cela fait peur. Montrer sa détermination est bien mais il ne faudrait pas qu’une rivalité entre grandes puissances amène une escalade de violence ».



