Il fut un temps où les footballeurs professionnels n’auraient même pas eu idée de crachoter sur leur lieu de travail. Question de respect et de discipline. De nos jours, les règles de bienséance ont évolué. Et cracher est devenu banal sur les pelouses. 

Par Stéphane Lecompte 

Cela fait plus de 50 ans que je suis un fan de football. Cette passion correspond à la glorieuse aventure européenne de l’A.S. Saint-Étienne, les fameux Verts, qui ont donné leurs lettres de noblesse à ce sport et qui ont fait rêver le jeune que j’étais alors. Copier les dribbles de Dominique Rocheteau, les coups francs de Jean-Michel Larqué, en particulier, les parades d’Yvan Curkovic était mon Graal… Mais mon mimétisme pour les champions du ballon s’arrêtait là. Il ne serait pas venu à mon esprit juvénile de cracher sur le terrain de foot. Même après un effort. A celui de mes camarades non plus d’ailleurs ! Alors pourquoi n’est-ce plus le cas, depuis le début du 21e siècle ?  A cause de l’évolution des mœurs ! Il semblerait qu’aujourd’hui, les footballeurs ont l’impérieux besoin d’expulser de leur corps le mucus constitué par leurs efforts. C’est du moins l’explication rationnelle qu’ont mis en avant de grands spécialistes en physiologie pour excuser la répugnante habitude qu’ont pris les millionnaires en short. L’argument n’est pas faux, mais ne répond que de façon imparfaite à cette coutume qui inspire tant de jeunes. La manie d’éjecter son trop plein de salive n’a pas de pratiquant zéro ! Elle est apparue un jour, sur un quelconque terrain et s’est répandue comme une traînée de poudre. La FIFA (Fédération Internationale de Football) n’a pris que tardivement conscience du problème de salubrité publique que cela génère, et ne semble pas pressée d’appliquer des sanctions adéquates. Dans une société condamnant et réprimant nombre d’attitudes insalubres, il est curieux que les terrains de football soient devenus des sanctuaires de crachats. Car les footballeurs crachent pour exprimer tout et n’importe quoi : un tir raté, une décision arbitrale défavorable, une contrariété quelconque… Le navrant est que, par mimétisme, les jeunes, notamment ceux qui se voient déjà taper dans le ballon rond et faire gonfler leur compte en banque, crachent aussi. L’exemple venant d’en haut, la désinhibition fait loi. Curieusement, cracher n’inspire pas autant d’autres sportifs de plein air dont les organismes sont pourtant aussi ébranlés par des efforts violents : les sprinteurs, coureurs de fond, cyclistes… Non, cette spécificité de footeux, parfois copiée par leurs confrères rugbymen, est devenu un acte cérémonial, comme lorsqu’il s’agit de fêter un but en enlevant son maillot. Mais là, la FIFA veille et ordonne à ses arbitres de sévir en brandissant un carton jaune aux fautifs. 

A quand des sanctions concrètes contre les cracheurs qui commettent des actes inesthétiques et antihygiéniques ? L’argent étant roi dans le sport numéro un, il est à craindre que nos footeux lamas aient encore de beaux jours devant eux, et que leur salive continue de recouvrir les rectangles verts du monde entier, en toute impunité.