De tout temps, les humains ont été des conquérants. Ils partent à la recherche de nouveaux territoires et de leurs richesses promises. Pour cela, ils n’hésitent pas à spolier des populations autochtones et à les défaire de leur culture. Les Samis en ont fait les frais. 

Par Stéphane Lecompte 

Au nord de la Finlande, comme chez leurs voisins suédois, norvégiens et russes, vit depuis des siècles une population d’environ cent mille personnes : les Samis. Majoritairement de type caucasien, ils partagent des caractéristiques physiques proches de celles des Finlandais « de souche », notamment un patrimoine génétique similaire. Tout pourrait sembler harmonieux, si leur mode de vie et leurs traditions ne s’en distinguaient pas profondément.

Installés depuis près de 10 000 ans aux portes de l’Arctique, probablement originaires de l’Oural, les Samis — souvent et improprement appelés Lapons — furent d’abord pêcheurs et chasseurs, puis éleveurs de rennes sauvages, avant d’adopter, entre les IXe et XVIIe siècles, l’élevage transhumant de rennes semi-domestiqués. Ce changement s’est opéré sous l’effet d’intrusions extérieures sur leurs terres. Situation paradoxale, car les Samis n’envisagent pas la notion de frontière comme nous la concevons. Pour eux, un lieu n’a de sens qu’à travers l’activité ou le souvenir qui lui est associé. C’est pourquoi chaque élément naturel possède son propre chant, appelé joik, qui permet de l’identifier et de l’invoquer spirituellement.

Anciens partenaires commerciaux et politiques des Vikings, les Samis ont connu de nombreuses occupations. En 1542, le roi suédois Gustave Ier Vasa — qui a donné son nom à la célèbre course de ski de fond Vasaloppet — rattache à sa couronne les terres du nord de la Suède, les considérant comme inhabitées. Un siècle plus tard, le début de l’exploitation minière en Laponie suédoise contraint des Samis à travailler dans des conditions si difficiles qu’une partie d’entre eux choisit l’exil en Norvège. Progressivement évangélisés, ils n’échappent pas pour autant aux persécutions : à partir de 1621, plus de 150 Samis sont exécutés pour sorcellerie. Un mémorial en leur hommage ne sera inauguré qu’en 2011.

Jusqu’à la reconnaissance officielle de leur identité ancestrale par la Norvège, la Suède et la Finlande, lors d’une ratification signée en 1989, les Samis ont subi d’autres mesures contraignantes : interdiction pour les éleveurs de rennes de posséder des terres et même de consommer de l’eau, interdiction faite à leurs troupeaux de franchir la frontière entre la Norvège et la Suède, assimilation automatique de tout Sami rétribué au statut d’éleveur de rennes sur des bases généalogiques, entre autres.

Ces dernières décennies, l’identité sami connaît un renouveau. Des parlements ont été instaurés dans les trois pays concernés entre 1989 et 1996. Les revendications samies sont désormais officiellement prises en compte par les instances nationales. Parmi les exemples marquants figure le rapatriement d’objets et de restes humains, dont les crânes de deux responsables décapités après un soulèvement sami en 1852, officiellement réinhumés en 1997. Symbole de cette reconnaissance, un musée expose les vestiges de cette civilisation, seul peuple autochtone reconnu par l’Union européenne. Situé à Inari, dans l’extrême nord de la Finlande, il a ouvert en 1963 et attire des visiteurs du monde entier désireux de mieux comprendre leurs relations animistes et les beautés du cercle arctique.

Le peuple sami, bien qu’il n’ait pas encore obtenu toute la reconnaissance qui lui est due, demeure un exemple pour d’autres ethnies souvent confrontées à des civilisations plus puissantes aux intentions exploitatrices. Récemment, la tribu amérindienne Yurok a pu récupérer une partie de ses terres ancestrales, en Californie. Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité.