Samedi 28 février, des frappes américano-israéliennes se sont abattues sur l’Iran. Stupeur et tremblements dans le monde entier. Une série actuellement disponible sur la plateforme d’Arte nous ramène dix ans plus tôt, à une étape stratégique de négociations entre l’Iran et les États-Unis. Bien utile pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui.
Par Emmanuèle Jeandet
Nous sommes à la fin de l’année 2025, une nouvelle révolte populaire secoue l’Iran… Le président des Etats-Unis annonce vouloir s’en mêler, mais ne s’en mêle pas… en tout cas pas encore !
Janvier 2026 : les manifestations populaires se développent, le pouvoir iranien massacre des milliers de protestataires qui, au-delà de revendications sur la vie chère, veulent la fin du régime et la mort du guide suprême, l’ayatollah Khomeini.
Le président Trump déploie de nombreux navires de guerre à proximité de l’Iran pour montrer ses muscles mais ne décide pas d’intervenir. Il propose d’ouvrir des négociations… sur les missiles de l’armée iranienne et sur l’éternel sujet de la réalisation par les Iraniens d’armes nucléaires.
Petit rappel : 10 ans plutôt, un ultime cycle de pourparlers entre l’Iran, les Etats-Unis et les Européens s’était engagé – je vais y revenir – et avait débouché sur un accord signé par chacune des parties prenantes, notamment le président Obama, à Vienne en juillet 2015.
Mais dès son arrivée au pouvoir, en mai 2018, lors de son premier mandat, le président Trump a fait sortir les Etats-Unis de cet accord.
En juin 2025, le président Trump, réélu quelques mois plus tôt, prend la décision de bombarder les sites iraniens soupçonnés de développer une force nucléaire militaire.
Depuis, le monde entier regarde avec stupeur ces incohérences politiques.
Cette stupeur est montée en intensité samedi 28 février, après l’attaque de l’Iran par des missiles américano-israéliens.
Les pays proches de l’Iran redoutent un embrasement supplémentaire au Moyen Orient.
10 ans plus tôt avec la série The Deal
Remontons le temps grâce à la série « The Deal » diffusée sur la plateforme d’Arte, et replongeons-nous dix ans plus tôt, durant les ultimes étapes des discussions entre les Américains et les Iraniens.
Au printemps 2015, Genève accueille la dernière étape d’un long cycle de négociations, la Suisse jouant ici un rôle de médiatrice ; contrairement à ce qu’on pourrait penser, on est au de-là d’une neutralité de bon aloi. Assurant la logistique et la sécurité des parties prenantes, la responsable, la principale héroïne de la série, Alexandra Weiss, va avoir la charge d’aider, voire de discrètement manipuler parfois, les parties prenantes pour que la négociation aboutisse. Il y va de l’intérêt de la Suisse mais du sien propre également, car elle va retrouver dans les couloirs feutrés de la résidence luxueuse qui héberge les négociateurs, un ancien amoureux (dont elle est encore éprise), l’ingénieur iranien chargé d’épauler sur le plan technique le ministre des affaires étrangères.
Les négociations alternent entre moments de quasi accord et moments de tension, au fil des sujets et du contexte extérieur iranien, en proie à des manifestations pro-liberté menés notamment des jeunes.
En sous-main, les Israéliens jouent en contre pour tenter de saboter les négociations ; pour y parvenir, ils corrompent le maillon faible de la délégation américaine.
Du côté iranien, le ministre, un modéré, seul officiel en charge de traiter avec les américains, est tenu en laisse par des « gardiens de la révolution » qui tentent eux aussi de faire échouer la perspective d’un accord.
Dans le décor, on aperçoit des personnages falots : un Russe qui tente de tirer quelques maigres avantages au hasard des discussions, des Chinois totalement égarés dans un monde qu’ils ne maîtrisent pas, la représentante britannique de l’Union Européenne, peu convaincante dans une dramaturgie où les Européens apparaissent inexistants.
La sous-secrétaire d’État américaine, quant à elle, cherche avec ténacité à faire avancer les pourparlers dans l’espoir d’une paix durable mais ses positions restent fragiles sur le terrain de la politique intérieure américaine.
Pour sa part, Alexandra Weiss s’efforce de favoriser la réussite des négociations en jouant sur la confiance réciproque tant du côté iranien que du côté américain… tout en cherchant désespérément à sauver l’ingénieur iranien sorti de prison temporairement mais qui doit y retourner le plus rapidement possible, car il est soupçonné d’être un opposant au régime.
Au fil des rounds, la tension fait soudain un bond, car un journaliste américain, jusque-là à Genève mais qui venait de partir pour une enquête à Téhéran, a été arrêté sur place par les autorités iraniennes… Il est fait otage au moment le plus crucial des négociations !
Le dénouement approche avec la décision de procéder à un échange de prisonniers entre Iran et Etats-Unis pour récupérer au plus vite le journaliste.
Grand suspens… L’intérêt de la série tient à la fois à une présentation réaliste des rites de la diplomatie internationale et à la création de personnages attachants et déchirés entre contraintes professionnelles et aléas de la vie personnelle.
Je laisse aux lecteurs l’envie de voir comment se terminera la série.
La réalité pire que la fiction
Dans la réalité, on sait que le président Obama signera quelques mois plus tard un accord avec les Iraniens permettant de stopper le développement d’une force nucléaire sous le contrôle de l’AIEA, l’agence onusienne de contrôle des armements nucléaires dans le monde.
On sait aussi que depuis juin 2025, les Américains ont bombardé les sites de développement nucléaire en Iran, réduisant à néant tous les efforts diplomatiques précédents… Et que le rapport de force a pris le pas sur le choix de maintenir dialogue et perspective de paix.
Pourtant, malgré cet épisode de bombardement violent, la guerre ne s’est pas enclenchée. Guerre ou paix ? L’interrogation est demeurée longtemps. Après l’attaque de l’Iran par des missiles américano-israéliens, il est à craindre que la réponse ne soit plus et pour longtemps, la paix.




