Cartes de vœux, lettres, photos…autant de traces de celui qui les conservées pour ceux qui les trouveront un jour. Que restera-t-il des vivants à l’ère du numérique ? La nostalgie n’est plus ce qu’elle était.
Par Marie H.
Nous sommes quelques-uns à perpétuer la tradition des vœux du Nouvel An, vœux échangés, écrits sur des cartes désuètes où figurent des forêts touffues et des chaumières enneigées. Chaque année, ces cartes rejoignent dans nos tiroirs les boîtes de dragées aux couvercles ornés de dessins naïfs, les poudriers dorés et odorants, les flacons de parfum aux fragrances oubliées.
Ces modestes trésors dormiront là jusqu’au jour où l’un de nos descendants les découvrira.
Intrigué, il trouvera parmi ces antiques merveilles, des lettres et des photographies, mémoire d’années disparues. Il apprendra qu’une lointaine parente avait, à vingt ans, quitté sa famille et son pays pour rejoindre, à l’autre bout du monde, un jeune homme rencontré à Paris. Il contemplera des photos jaunies, il peinera à identifier des parents devenus anonymes. Qui était cette jeune femme en robe longue, beauté rêveuse à l’élégance surannée, debout sur le haut des marches d’un imposant perron ? Une courte inscription au dos de la photo lui révélera un prénom et une date : Annelise – juin 1937. Peut-être devinera-t-il que ce cliché est la seule trace de l’existence de la jeune femme. Des interrogations surgiront. A quoi songeait-elle en ce beau soir d’été ? Sa tenue laisse supposer qu’elle se rendait à un dernier bal donné dans la demeure qui était encore la sienne. Son léger sourire semble défier le sombre avenir qui va s’abattre sur l’Europe et va l’engloutir, elle et sa famille. Rien ne sera plus comme avant. Un vers d’une poésie oubliée lui reviendra : « Vous n’êtes plus que pour avoir péri ».
L’époque actuelle, adepte des nouvelles technologies, laissera dans les tiroirs très peu de lettres, peu de traces en dehors de celles conservées par le monstre webbien. Cela n’aura, sans doute, aucune importance. L’humain abordera à des siècles sans mémoire, sans regrets et sans nostalgie. Un oubli bienfaisant effacera le passé et ses passions obsolètes.



