La violence est-elle innée chez l’humain ou bien, comme le pensait Jean-Jacques Rousseau, est-elle le fruit de l’évolution de notre société ? Au vu de recherches scientifiques sur le sujet, la réponse pourrait bien se trouver du côté de la génétique.
Par Stéphane Lecompte.
En cette nouvelle année, une pluie torrentielle d’informations dramatiques s’abat déjà. Et la violence et l’agressivité ne manquent pas d’occuper la première page des médias. Mais quand donc le genre humain sera-t-il suffisamment mature pour éradiquer à tout jamais la violence qui le constitue et agit si dramatiquement sur notre vivre ensemble, se demandent les pacifistes ? Et comment pourrait-il y parvenir ? La réponse serait à trouver du côté de la génétique, selon les travaux de chercheurs suédois, qui, en 2014, ont comparé les génomes de huit cents Finlandais emprisonnés pour des crimes violents et des délits sans violence, à ceux de la population générale et qui ont identifié deux gènes (MAOA et CDH13) pouvant être responsables de la violence. Comment exercent-ils leur influence ? Le MAO-A (monoamine-oxydase) commande la production d’une enzyme qui intervient dans l’élimination de neurotransmetteurs comme la dopamine. Or, il a été démontré que les personnes ayant des taux élevés de dopamine auraient davantage tendance à développer des conduites à risque anti-sociales. Le gène CDH13 (cadhérine-13) a été, quant à lui, impliqué dans des troubles du contrôle de l’impulsivité. Dans leurs études, les chercheurs scandinaves ont constaté que 10 % des criminels finlandais portaient ces gènes. « Ces deux gènes agissent sur le comportement agressif, a expliqué le Professeur Jari Tiihonen du département de neurosciences cliniques de l’Institut Karolinska à Stockholm, et coauteur de l’étude. Il est donc certain qu’il existe un rapport entre la génétique et la violence. Celle-ci ne serait pas que le fruit d’une éducation ou d’un environnement social spécifique ».
Une autre chercheuse s’intéresse à la génétique de la violence : il s’agit de Carmen Sandi, professeure au laboratoire de génétique comportementale de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Ses travaux sur le gène CDH13 ont permis de voir comment son influence agissait sur certaines protéines, les rendant plus ou moins adhésives dans le cerveau, une caractéristique importante pour la formation des circuits neuronaux, les protéines plus « collantes » n’étant pas bénéfiques pour le cerveau. Ce gène serait donc impliqué dans la plasticité cérébrale ainsi que dans les processus de développement neuronal. Cependant, des expériences effectuées sur des souris ont montré que les dommages qu’il cause n’étaient pas irréversibles : un recâblage neuronal est possible. Ces expériences sont passionnantes, mais curieusement peu médiatisées… « Elles pourraient être utilisées d’une manière dangereuse par des politiciens » relève la chercheuse suisse. Cependant, ces découvertes divisent aussi la communauté scientifique. « Parler de « gènes de la violence » est une énorme exagération », a notamment déclaré Jan Schnupp, professeur de neurosciences à l’Université d’Oxford.
Pour Malcolm von Schantz, maître de conférence en science moléculaire à l’Université du Surrey, le modèle qui émerge fait apparaître de multiples facteurs génétiques dont chacun a « un petit effet prédisposant ». D’accord, pas d’accord ? Le fait est que des pistes ont été lancées pour tenter de domestiquer nos pulsions violentes. Et c’est une bonne nouvelle.



