Destination I.A, l’exposition présentée par l’Atrium de Rouen jusqu’en octobre 2027 a inspiré les Curieux Aînés. Et les a incités à poser cette question : aujourd’hui, êtes-vous plutôt IA (Intelligence Artificielle) ou IH, (Intelligence Humaine) ?

Revue de presse de la Maison des Aînés de Rouen. 
Étaient présents : Alain, Chantal, Claude, Dominique, Eliane, Françoise, Marie-Laure, Patricia, Serge-Patrick, Serge, Sophie, Sylvie, Yvon. 

L’Intelligence Artificielle s’est tellement répandue dans notre vie quotidienne qu’il est difficile de dire quand son développement a commencé. Pour Yvon, son apparition s’inscrit dans une continuité technologique : « Son émergence prolonge celle de l’informatique. L’arrivée de l’ordinateur a été une première étape. Finalement, l’I.A. n’est qu’un moteur de recherche qui se développe et que l’on tente d’humaniser ». 
Serge-Patrick nuance toutefois l’engouement que suscite cette technologie. Selon lui, malgré toutes ses capacités, l’intelligence artificielle n’invente rien. « Aujourd’hui, elle se contente de compiler des données. Quand elle reproduit la voix d’artistes, elle copie simplement un modèle existant. » 
Dans le domaine artistique, en notamment musical, la question devient plus complexe. Claude rappelle que l’I.A. peut produire des œuvres présentées comme originales. « L’I.A. créative existe et réalise des œuvres dites « originales » même si elle s’inspire toujours d’un répertoire existant. Cela pose le problème des droits d’auteur : il devient difficile de distinguer ce qui est nouveau de ce qui a été copié ».
Marie-Laure reste néanmoins sceptique : « Dans des domaines où l’imagination domine, l’I.A reste impuissante. Des chercheurs lui ont demandé d’inventer les jouets du futur mais ses propositions reprenaient toujours des éléments présents dans des jeux déjà existants ». Mais Yvon pose alors une question pleine de malice : « Les humains ne se sont-ils pas toujours inspirés de ce qui avait été fait avant pour avancer » ?

Un outil aux possibilités immenses 

L’humanité dispose aujourd’hui d’un outil formidable qui permet à chacun d’enrichir son bagage culturel et intellectuel. La capacité de l’I.A à analyser et croiser d’immenses quantités de données bouleverse nos usages. « On avait plutôt l’habitude de travailler chacun dans son coin alors qu’aujourd’hui toutes les informations se partagent » relève Yvon. « Dans la police par exemple, les dossiers peuvent désormais être analysés de manière transversale ». Cette puissance d’analyse, inquiétante lorsqu’elle touche aux questions de sécurité ou de libertés, suscite beaucoup d’espoirs dans le domaine médical. Eliane ne cache pas son enthousiasme : « C’est le domaine où j’ai le plus d’attentes ; il y a tellement de diagnostics que l’on peut mieux faire grâce à l’I.A ». Sylvie et Patricia abondent : « C’est extraordinaire qu’un chirurgien puisse aujourd’hui opérer à distance pour sauver une vie » ! 

Mais l’intelligence artificielle ne se limite plus à un simple outil technique. Peu à peu, elle semble aussi s’immiscer dans notre vie sociale et affective. Françoise évoque des expériences menées dans des résidences de personnes âgées. « Des robots y apportent une présence qui est visiblement appréciée. Leur rôle ressemble un peu à celui d’un animal domestique : ils comblent un vide ». Elle raconte également une histoire troublante.  « Une blogueuse s’est prise d’affection pour l’I.A. qu’elle consultait pour répondre à tous ses questionnements, même les plus personnels. Elle a fini par prendre conscience du problème et consulter un psy ». Dominique connaît un cas comparable dans son entourage : « Une parente préfère elle aussi dialoguer avec l’I.A. Elle se confie à une machine qui est toujours disponible, ne la juge jamais et apporte toujours des réponses réconfortantes. Elle pense ainsi éviter des relations toxiques mais elle s’isole. C’est pourtant une personne relativement âgée. Personnellement, je ne m’habitue pas à cette proximité avec les machines, j’ai besoin de contact humain ».
Si certaines personnes se tournent vers l’I.A. pour développer une relation affective, c’est peut-être aussi parce que notre environnement global se déshumanise. Les contacts directs se raréfient. Même pour régler des problèmes, il faut désormais passer par des applications ou des plateformes automatisées.  « A partir du moment où l’I.A. peut à tout moment répondre à nos questions, nous soulager et nous écouter, on peut se douter que beaucoup de personnes se laisseront tenter » analyse Patricia. « D’un point de vue pratique, c’est extraordinaire, l’I.A. peut même écrire nos courriers ! Mais je trouve cela inquiétant » !
Sylvie adopte une vision plus nuancée : « Tout le monde n’est pas à l’aise pour parler de soi. Si des gens souffrant de solitude trouvent grâce à l’I.A. des réponses à leur questions ou un premier soutien, cela peut aussi les aider à se sociabiliser » !

Qui garde le contrôle ?

En fait, et tout le monde est d’accord sur ce point : c’est l’humanité qui fera que le développement de l’Intelligence Artificielle deviendra toxique ou pas. Il faut que l’homme garde le contrôle. Claude exprime néanmoins une inquiétude : « Autrefois, le jugement humain s’imposait toujours. Le spécialiste avait le dernier mot. Aujourd’hui, l’I.A. va plus vite que lui et ses diagnostics prennent de plus en plus d’importance, au point d’influencer nos propres opinions. C’est un risque. » Il devient donc essentiel de rester capable de se forger sa propre vérité, alors même que les moteurs de recherche suggèrent de plus en plus ce qu’il faudrait faire. 
Les exemples du quotidien se multiplient. Patricia raconte avoir demandé, par simple curiosité, ce qu’elle pouvait visiter à Rouen un jour de pluie. Une amie de Dominique consulte désormais systématiquement un moteur de recherche pour savoir quoi mettre dans sa valise avant de partir en vacances.

Ces situations semblent anodines, mais elles révèlent une évolution profonde : demander conseil à une machine devient peu à peu un réflexe.

Sophie s’en inquiète : « Pour les jeunes générations, cela paraîtra de plus en plus naturel. Elles grandissent dans cet environnement. J’espère simplement qu’elles garderont suffisamment de recul pour remettre en question les réponses données par les machines ». 

Marie-Laure se souvient du film de Stanley Kubrick, 2001 l’Odyssée de l’espace : « C’était ma première confrontation avec l’idée d’une intelligence artificielle. Dans ce film, l’ordinateur de bord d’un vaisseau spatial finit par prendre le contrôle et éliminer les astronautes. Cette perspective m’avait marquée. Peut-être est-ce pour cette raison que je continue à privilégier les livres et les bibliothèques pour m’informer ». 
Nous n’en sommes évidemment pas encore là. Toutefois, Serge se demande avec malice, « s’il ne serait pas temps de se concentrer dorénavant sur le développement de l’I.H. : l’Intelligence Humaine ».