Martine est allée voir le spectacle Shen Yun avec une centaine d’artistes sur la scène du Zénith à Rouen. Elle en est revenue bouleversée. 

Par Martine Lelait.

Appâtée par les images somptueuses et la publicité bien orchestrée sur le spectacle Shen Yun, qui promet « la renaissance de 5 000 ans de civilisation », j’avais eu bien du mal à trouver des places disponibles pour l’une des représentations prévues au Zénith de Rouen mi-janvier. Pourtant je m’y étais prise dès le mois de septembre. J’avais enfin décroché deux places au prix fort mais, je dois le reconnaître, extrêmement bien situées.
Le Zénith était plein ce dimanche soir et à ma grande surprise, plein de têtes blanches alors que je pensais bêtement que les personnes âgées choisiraient plutôt les spectacles de l’après-midi. Comme quoi je n’échappe pas non plus à certaines idées reçues…
En attendant le début du spectacle, j’ai découvert que Shen Yun n’était pas une troupe chinoise mais une compagnie de danse installée à New-York qui se produit un peu partout dans le monde, sauf en Chine.
Le spectacle est indéniablement un ravissement pour les yeux. Les costumes sont aériens, colorés et illustrent les différentes dynasties, régions ou groupes ethniques. Les décors projetés en fond de scène sont tout aussi splendides, surprenants, quasiment vivants : par une mystérieuse innovation technologique, les personnages sortent des images pour sauter sur la scène au grand étonnement du public qui est ainsi pongé dans le merveilleux !
C’est assurément une féerie qui déroule sous nos yeux, au travers d’une quinzaine de tableaux, des contes et légendes de la Chine et raconte quelque 5000 ans de civilisation et de danse classique chinoise. Les danseurs, nombreux, sont fabuleux, leur danse relève à la fois d’un grand classicisme, de la gymnastique et d’acrobaties aériennes spectaculaires dignes des plus grands cirques.
Il serait injuste de ne pas parler de la musique qui accompagne les tableaux : ce n’est en rien une bande-son comme je l’imaginais, là encore, à tort, mais un orchestre au grand complet qui allie les instruments classiques occidentaux et d’anciens instruments orientaux. Une pianiste a en outre accompagné sur scène plusieurs autres artistes, un baryton, une soprano et une musicienne jouant d’un « erhu », curieux instrument chinois avec juste deux cordes.
Mais c’est là où, pour moi, les choses se sont un peu gâtées. Les histoires racontées dans les différentes scènes glorifient les cieux, la bonté, la compassion, la tolérance, les croyances des différentes époques ; une scénette en particulier met l’accent sur la violente répression qu’a fait subir le régime communiste chinois aux pratiquants du Falun Dafa ou Falun Gong présenté comme une discipline spirituelle ou religieuse axée sur la méditation.
Méditation peut-être, mais pas que…J’ai été horrifiée par les textes traduits sur l’écran pendant que le baryton et la soprano les chantaient : il est très clairement énoncé que l’athéisme est un mensonge et le dogme de l’évolution, une méprise. La modernité a déchaîné le côté sombre des humains mais les portes du Ciel se sont ouvertes et le Créateur est déjà arrivé, la Grande Voie salvatrice se diffuse déjà.
Et ce ne sont pas là des paroles venues des siècles passés mais des paroles et musiques créées spécialement pour ce spectacle (renouvelé tous les ans) par DF, le directeur artistique de Shen Yun.
Je suis ressortie avec le sentiment bizarre d’avoir contribué à financer, certes, un beau spectacle mais aussi des idées plutôt sectaires !
Un petit tour sur Wikipédia à mon retour chez moi m’a confirmé que ce mouvement spirituel regroupe des millions d’adeptes dans le monde, qu’il fait effectivement l’objet d’un acharnement répressif, complètement contraire aux droits de l’homme, de la part du régime chinois, mais aussi que ce mouvement  diffuse des thèses conspirationnistes et complotistes, explique certaines choses par l’intervention d’extra-terrestres, s’oppose à la science, refuse l’avortement, l’homosexualité et véhicule des idées proches de l’extrême-droite.La plaquette – luxueuse – remise à chaque spectateur constitue, à mon sens, une véritable vitrine de propagande qui relaie l’histoire de Falun Dafa, renvoie sur son site internet, et fait promotion à la fois la d’un ouvrage dédié au mouvement et à la fois au journal « The Epoch Times » (né à New York) connu, semble-t-il, pour être ouvert aux thèses de l’extrême-droite.
Autant je suis toujours du côté de ceux que l’on persécute pour leurs idées et leurs croyances, autant je me demande ce que je suis allée faire dans cette opération de promotion du Falun Dafa.