Face aux enjeux écologiques, une nouvelle approche des funérailles émerge : réduire l’impact environnemental de la destruction des corps. L’aquacrémation s’impose comme une alternative innovante pour celles et ceux qui souhaitent limiter la pollution, jusque dans la mort.
Par Stéphane Lecompte.
L’aquacrémation, ou aquamation, est-il en passe de devenir le moyen « idéal » pour faire disparaître notre substance organique en douceur et permettre à la planète de moins souffrir de nos modes de funérailles polluants ? Cette méthode, qui consiste à dissoudre le corps du défunt dans une solution alcaline, plongé dans une eau chauffée selon les protocoles entre 93 et 180 degrés, permet d’éliminer les tissus organiques en quelques heures d’immersion dans un cylindre en acier inoxydable rempli d’hydroxyde de sodium et de potassium. Une fois la chair, le sang et les organes liquéfiés, les os sont séchés, puis broyés finement. Comme pour une crémation par le feu, les restes sont recueillis dans une urne et donnés à qui de droit. Mais là, pas de rejets de gaz carbonique, ni de pollution de ressources en eau ne sont à craindre ! En effet, les 95 % d’eau utilisés retournent dans l’écosystème, via le traitement des eaux usés, à l’instar du principe d’embaumement. Le procédé d’hydrolyse alcaline produit une solution aqueuse complètement stérile et qui contient des acides aminés, du sucre, des nutriments et du savon… et pourrait même être utilisée comme fertilisant dans un futur proche !
Brevetée aux USA en 1888 et seulement légalisée en Europe en 2011, cette méthode avait pour but de faciliter l’élimination des matières biologiques infectieuses dans les laboratoires médicaux. Elle a ensuite été développée dans les élevages afin d’éliminer les animaux infectieux (comme pour le syndrome de la vache folle en 1992), et s’est étendue jusque dans les abattoirs ; la motivation venant autant du principe d’économie que du souci d’éviter une plus grande propagation virale et bactérienne des bêtes. Des décennies après, l’idée a germé que son utilisation pourrait également concernée les êtres humains. C’est ainsi que l’Australie, le Canada et certains états américains ont sauté le pas, comme récemment l’Écosse. Et pour la France ? Interdiction formelle, pour l’heure, d’être séduit par cette alternative ! D’un point de vue juridique, le corps doit obligatoirement être mis en bière. Pour l’aquamation, il serait nécessaire d’utiliser un cercueil adapté, dans un matériau soluble et dans les mêmes conditions que le corps (par exemple, un amidon de maïs), pour accomplir le procédé. De surcroît, les courants religieux voient d’un mauvais œil cette pratique, à part chez les bouddhistes et pour certaines églises chrétiennes protestantes. La majorité des religions considère que l’aspect sacré du corps du défunt est remis en question, arguant que la mort ne doit pas lui enlever sa dignité et que les restes liquéfiés n’ont pas à fréquenter les égouts des villes.
L’attractivité des prix de l’aquamation est pourtant un argument qui pourrait bien finir par faire pencher la balance du côté des pour et de la loi en France. En effet, une aquamation coûte l’équivalent de 350 euros dans les pays la pratiquant, contre 470 à 980 euros en France pour une crémation classique (où il faut ajouter les frais annexes : cercueil, cérémonie…). Car c’est bien là un avantage financier indéniable et concurrentiel : matériellement, seuls le cylindre et la pièce adéquate sont nécessaires !
Outre le compost humain et l’humusation, tous deux également au service de funérailles plus propres, l’aquamation se révélera probablement une utilisation se popularisant. Quand les barrières juridiques tomberont, il pourrait même s’agir d’un véritable tsunami mondial !




