Invitée par l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques), Martine a participé à une journée de cinéma et de débats consacrée à l’école. Entre projections et échanges, cette immersion a permis de réfléchir à l’instruction publique.
Par Martine Lelait.
C’était, je crois bien, la première fois de ma vie que j’étais installée dans une salle de cinéma dès 9 heures du matin ! J’avais en effet répondu ce 24 mars à l’invitation de l’AMOPA (Association des Membres de l’Ordre des Palmes Académiques) qui organisait une journée entière de cinéma/débat sur le thème de l’école au cinéma Ariel de Mont-Saint-Aignan.
Il n’y avait que peu de participants, les élèves du collège Jean de la Varende qui devaient être présents n’étant finalement pas venus.
Le film projeté le matin était « Louise Violet » réalisé en 2024 par Éric Besnard avec Alexandra Lamy dans le rôle-titre et Grégory Gadebois dans le rôle du maire. Il raconte l’histoire d’une héroïne qui n’a pas réellement existé mais est inspirée de Louise Michel. Le passé de communarde et d’ancienne bagnarde de Louise sera dévoilé par petits bouts à mesure de l’avancée du film. L’action se déroule donc en 1889. Louise Violet est affectée comme institutrice dans un petit village du Massif Central pour y ouvrir une école de la République, gratuite, obligatoire et laïque, les lois Jules Ferry ayant été votées quelques années plus tôt. Son affectation est presque une punition, car ce n’est pas un métier pour une femme, lui est-il asséné d’emblée. Il lui est d’ailleurs prédit qu’elle ne tiendra pas trois mois.
C’est vrai qu’il lui en faudra du courage, de l’endurance et de la ténacité pour nettoyer l’étable dans laquelle le maire l’a logée, et y installer une rudimentaire salle de classe ; pour attendre, en vain, des semaines durant, la venue d’hypothétiques élèves ; pour aller à pied, de ferme en ferme, convaincre les parents de laisser leurs enfants se rendre à l’école. Ils n’en voient pas l’utilité et préfèrent garder leurs petits bras pour les travaux domestiques ou ceux des champs.
Surprenant : dans le débat qui a suivi la projection du film, certains spectateurs ont qualifié d’« arriérés » ces paysans qui refusaient l’école pour leurs enfants et rejetaient l’étrangère venue leur faire la leçon. Pour ma part, j’y ai vu davantage les stigmates d’une grande pauvreté, la terre malmenée par la neige, la grêle… ne parvenant pas à nourrir les familles épuisées par leur labeur. « Est ce que tu crois qu’on ne pensait pas avant que tu arrives ? » demande le maire du village à Louise. On ne peut pas dire, à mon sens, qu’avant l’instruction scolaire obligatoire, les gens étaient dépourvus d’intelligence ; si l’intelligence n’était pas livresque, elle était pratique, il fallait survivre. Par ailleurs, il y avait l’intelligence de la main et du geste qui travaillent le bois, brodent et tricotent.
Je ne vous raconterai pas comment Louise arrive supporter cet environnement rugueux mais je peux vous dire que les paysages filmés dans le Puy de Dôme, la Haute-Loire, les monts du Cézallier, sont superbes, tant à l’automne qu’à l’hiver ou au printemps. Vous dire également qu’une des dernières scènes du film – où l’on voit Louise offrir un dictionnaire à chacun de ses élèves – a aussi provoqué des commentaires. Les plus âgés de la salle se sont souvenus de leur plaisir qu’enfants ils avaient éprouvé à recevoir un dictionnaire, à le feuilleter, à le lire et à y apprendre sans cesse de nouveaux mots. Certains ont même regretté qu’on n’en distribue plus aux élèves.
Pour ceux qui souhaitent aller plus loin sur l’histoire de l’enseignement, l’animateur du débat a cité le mémoire de thèse de l’historienne Mélanie Fabre, « Les hussardes noires – les enseignantes à l’avant-garde des luttes – de l’affaire Dreyfus à la Grande Guerre » (Éditions Agone, 2025).
Le film projeté l’après-midi était « La nouvelle femme » de Léa Todorov, qui raconte une période de la vie de Maria Montessori, troisième femme médecin en Italie, qui, au début des années 1900, a inventé une approche d’abord médicale pour les enfants atteints d’idiotisme (comme on disait à l’époque), puis une approche pédagogique plus large en direction de tous les enfants à l’aide de matériel adapté.
Le film relate aussi un aspect de la vie privée de Maria Montessori qui eut un fils né hors mariage d’une liaison avec son professeur et collègue médecin, fils dont elle a accouché en secret et qu’elle a confié à une nourrice à la campagne, le sacrifiant en quelque sorte aux autres enfants dont elle s’occupait… Son histoire croise celle d’une riche courtisane, une « cocotte » parisienne qui a donné naissance à une petite fille « idiote » à qui les méthodes pédagogiques de Maria Montessori se révèleront très profitables.
En revanche, le film n’aborde pas une période postérieure de la vie de Maria Montessori où elle sera proche de Mussolini, ni l’avenir de sa méthode pédagogique qui fera l’objet d’une véritable marchandisation dans plusieurs pays. Ceci est une autre histoire.
Je retiens pour ma part de ces deux films sur l’école et l’éducation, un point commun : la difficulté extrême qu’il y avait à être une femme libre, indépendante à cette époque très marquée par un machisme indécrottable ; j’en veux pour seul exemple la scène où les résultats pédagogiques de Maria Montessori et de son collègue sont présentés à un aréopage constitué uniquement d’hommes et dont les félicitations ne sont adressées, bien sûr, qu’au seul collègue masculin !




