A l’heure où se terminent les inscriptions à différents concours de l’enseignement, la question – devenir ou non enseignant – se pose pour les candidats. Avec d’autant plus d’insistance que les médias se font régulièrement l’écho de tensions, voire de violences entre élèves et professeurs. Est-il devenu difficile d’enseigner ? Les élèves sont-ils plus compliqués à gérer ? Le regard d’une professeure de collège à la retraite, par ailleurs mère d’enfants enseignants et donc toujours au fait des relations enseignants/élèves.
Par Yvette Fokoua
Si la plupart des élèves de primaire prennent plaisir à aller à l’école et sont attachés à leur enseignant(e) unique, qui constitue pour eux une référence en matière de savoir, il n’en va pas de même pour les collégiens. Leur vécu, parfois difficile, se confronte à l’image que les enseignants ont de leur rôle : ont-ils confiance en eux ou non ? Sont-ils conscients que leur mission est double, à savoir transmettre des connaissances tout en accompagnant la construction et l’épanouissement de l’adolescent ?
Heureusement, la relation entre élèves et professeurs est généralement positive. Au-delà des savoirs, les élèves y développent des compétences sociales et émotionnelles ainsi qu’un esprit critique. L’Éducation Nationale l’a d’ailleurs bien compris en instaurant des cours d’empathie, inspirés notamment du modèle norvégien.
Cependant, le tableau n’est pas toujours aussi idyllique. Pour de multiples raisons, les élèves deviennent de plus en plus indisciplinés. Ils se moquent parfois ouvertement de leur professeur, en classe ou, plus gravement encore, sur les réseaux sociaux. Cette violence, rarement physique, n’en est pas moins profondément blessante pour l’élève concerné, pour la classe qui en est témoin et pour l’enseignant.
Ce phénomène est difficile à éradiquer, car il fait écho à une autre forme de violence qui touche de plein fouet les jeunes générations. Les élèves prennent conscience que la réussite scolaire ne garantit plus un emploi et que « l’ascenseur social » semble ne plus fonctionner. Ils éprouvent alors un sentiment d’exclusion.
Ainsi, le tandem élève-professeur, ces deux piliers essentiels du bon fonctionnement de la classe, rencontre des difficultés à cohabiter : colère et déception chez l’adolescent, remise en question douloureuse chez l’enseignant.
Cette dégradation du vivre-ensemble à l’école s’est produite si rapidement que les adultes n’ont eu le temps d’anticiper ces évolutions sociales, ni de construire des valeurs communes capables d’y résister. Résultat : chacun perçoit désormais l’autre différemment. L’élève se sent incompris et vit difficilement son échec scolaire ; l’enseignant, quant à lui, doit puiser en lui des ressources qui l’épuisent pour tenter de renouer le lien.
Pourtant, les éléments nécessaires à la reconstruction de ce tandem ne sont ni rares ni difficiles à cultiver : il s’agit avant tout de replacer l’autre au centre de la relation, avec bienveillance et un sourire. Comment, dès lors, retrouver un climat scolaire serein ? Les candidats qui choisissent de passer le concours par passion pour ce métier sauront apporter une réponse à cette question.




