Omniprésente dans nos vies, l’intelligence artificielle fascine autant qu’elle inquiète. Si elle simplifie le quotidien et stimule la curiosité, elle peut aussi encourager la passivité et fragiliser notre esprit critique. Face à ces outils « prêts à penser », le défi est de préserver notre autonomie mentale, nos émotions et la richesse des relations humaines.
par Hélène Pécot.
Qui n’a pas vécu ce moment surréaliste où en composant un numéro de téléphone, vous entendez une voix qui vous demande de préciser le but de l’appel en choisissant d’appuyer sur une touche qui elle-même vous demande d’appuyer sur une autre touche et là… vous prenez conscience qu’en fait aucune formulation ne correspond vraiment à votre questionnement. Cela génère, en tout cas en moi, des sentiments mitigés : de la frustration de n’avoir trouvé la réponse à ma question, du doute sur ma capacité à utiliser mon téléphone et en conséquence, l’angoisse de me sentir inapte, et renvoyée toute seule face à un manque d’autonomie.
Certes, la présence des nouvelles technologies s’est immiscée dans notre quotidien : internet, plateformes de streaming, objets connectés… Mais parmi elles, l’intelligence artificielle (IA) occupe une place à part. Souvent invisible, parfois mal comprise, elle s’invite partout : dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans nos échanges.
Même les plus réticents ne peuvent y échapper car elle nous est imposée à notre insu parfois par la diffusion d’images à la télévision, sur les réseaux sociaux pour les utilisent ! Sans compter que son nom-même, IA, est au moins prononcé une dizaine de fois par jour, que ce soit à la radio, à la télévision ou dans des discussions privées.
Mais que signifie réellement « intelligence artificielle » ? Longtemps, l’intelligence a été associée au savoir, à la connaissance, puis au quotient intellectuel (QI), avant d’intégrer aussi le savoir-faire et l’intelligence pratique. Aujourd’hui, l’idée d’une intelligence « artificielle » interroge : peut-on vraiment parler d’intelligence pour des systèmes qui produisent des réponses sans conscience ni vécu ? Ne risque-t-on pas de consommer des pensées toutes faites, sans effort personnel ? Allons-nous nous transformer en robots pensant artificiellement ?
Cette question est d’autant plus importante que notre cerveau a besoin d’être stimulé. Particulièrement en avançant en âge. Comme un muscle, il peut s’affaiblir s’il n’est pas exercé. Mémoire, concentration, raisonnement, créativité, adaptabilité : autant de capacités essentielles que l’IA peut, paradoxalement, mettre en veille si nous nous reposons trop sur elle. Le risque ? Une forme de paresse intellectuelle. Car il faut le reconnaître : l’intelligence artificielle est capable de nous mâcher le travail en nous livrant tout faits des documents, des commentaires, souvent pertinents, mais qui sont pré-pensés. Il existe un autre danger à utiliser souvent l’intelligence artificielle par confort : la dispersion mentale. Un peu comme on se laisser aller à faire défiler des pages sur Facebook nous informant sur la vie des chats ou nous vantant les mérites d’Untel ou d’Untel. Cependant, l’intelligence artificielle n’est pas uniquement une menace. Elle peut aussi être un formidable outil : une source d’information rapide, une aide à la compréhension, un levier pour approfondir certains sujets. Tout dépend de la manière dont nous l’utilisons. L’enjeu est donc de trouver un équilibre. L’IA ne remplacera jamais la conscience de soi, la capacité à ressentir des émotions, ni la richesse des relations humaines. Elle ne doit pas se substituer à notre jugement, mais rester un outil au service de notre réflexion. Préserver notre curiosité, exercer notre esprit critique, continuer à échanger avec les autres : autant de clés pour rester acteurs de notre pensée. Car, au-delà des technologies, ce sont bien nos interactions humaines qui nourrissent le plus profondément notre intelligence et notre vie intérieure.




