A Rouen, le 2 avril dernier, des retraités se sont mobilisés pour l’accès à la santé, qui se complexifie et donc complique l’existence de ceux qui y ont le plus souvent recours, à savoir les plus âgés. Yvette reconnaît que ces derniers doivent défendre leurs conditions de vie, mais émet le souhait qu’ils n’oublient pas celles – de plus en plus difficiles – des plus jeunes. 

Par Yvette Fokoua.

« La santé pour les retraités, c’est fondamental. Quand on vieillit, la santé se dégrade et il y a plus de chances d’avoir besoin de soins » a déclaré un syndicaliste FSU durant la mobilisation des retraités à Rouen, en avril dernier. Il pointait ainsi du doigt le manque de professionnels de santé dans l’Eure, les longs délais d’attente pour la prise de rendez-vous médicaux, les dépassements d’honoraires…
Il est indéniable que de nombreux aînés vivent avec une petite retraite supportant mal les imprévus, notamment de santé. Et il est important de le rappeler. Mais il s’agit aussi de ne pas oublier l’attention collective dont ils bénéficient. Notre société chouchoute ses aînés. De nombreuses municipalités, avec l’appui des caisses de retraite, multiplient les initiatives pour les aider à lutter contre l’isolement, à prévenir la malnutrition, les déficits cognitifs ou physiques, les chutes. Les structures d’accueil qui organisent des activités manuelles, des sorties ou des thés dansants sont nombreuses. Sans parler des bénévoles qui donnent de leur temps pour proposer des rencontres, des débats, et apporter de la joie. Les jeunes générations – étudiants et primo-demandeurs d’emploi – ne jouissent pas des mêmes égards. Or, leur situation n’est pas toujours facile. Si les jeunes, issus de milieux favorisés, peuvent compter sur leurs familles pour financer leurs études ou leur installation dans la vie active, 40% des étudiants sont obligés d’avoir un travail rémunéré pour vivre. Il en résulte une charge supplémentaire énorme qui se traduit par du stress, de la fatigue générale, un manque de loisirs, donc un manque de culture. D’ailleurs, 53 % d’entre eux se retrouvent en situation d’échec et arrêtent leurs études. Une vie gâchée !
Ces jeunes, bien démunis, renoncent aux soins médicaux, à une alimentation correcte et vivent parfois dans des logements précaires. Une situation qui conduit à la solitude, dont 51 % affirment souffrir. 
En janvier 2026, François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, a alerté les politiques : « Sur 1000 € d’argent public, la moitié est dédiée aux seniors contre 150 € pour la jeune génération ». Pas étonnant, si le taux de précarité est deux fois plus élevé chez les jeunes. Alors, avec l’anxiété montante, la difficulté à se projeter dans l’avenir, pourrait-on envisager de tourner le regard plus souvent vers cette jeunesse en souffrance ? Plutôt que d’envisager un hypothétique conflit de générations, veillons à ce que seniors et juniors prennent plaisir à cheminer solidaires et main dans la main.