Le passage au tout numérique pour effectuer la plupart des démarches administratives inquiète. Quelle attitude adopter face à ce système qu’on nous impose ? Et qui ne garantit la protection des données personnelles ? 

Revue de presse de la Maison des Aînés.
Étaient présents : Alain, Claudie, Christiane, Florence, Françoise, Marie-Laure, Patricia, Serge, Serge-Patrick, Sophie, Yvonne.

Courant avril, la base de données de l’Agence Nationale des Titres Sécurisés (ANTS) a été piratée ; les données de plusieurs millions de particuliers et de professionnels ont été dérobées afin d’être vendues sur le Web.
Ces attaques en ligne sont de plus en plus fréquentes et inquiètent les usagers qui se sentent pris au piège d’un système qui leur est imposé. C’est le cas de Claudie : « J’ai récemment utilisé les services de l’ANTS pour renouveler des papiers d’identité ; quand j’ai appris que la plateforme avait été piratée, j’ai cherché à savoir comment réagir : les victimes sont simplement invitées à surveiller leurs différents comptes. Aucune assistance n’est proposée ».
Patricia a vécu une expérience désagréable avec le service des impôts : « J’ai reçu un courrier m’informant que mes données bancaires avaient été volées. Les risques liés à ce genre d’incidents ne sont pas négligeables mais l’administration se contente d’envoyer un courrier pour nous informer. C’est quand même assez léger » !
Les pouvoirs publics semblent impuissants à sécuriser leurs espaces en ligne. Des hackers parviennent régulièrement à profiter des failles du système. Les banques sont particulièrement visées, ainsi Marie-Laure s’est-elle aperçue que de petites sommes avaient été prélevées sur son compte. Elle a réagi assez vite et a pu être remboursée mais cela ne s’est pas fait sans désagréments : « la banque s’est dédouanée de sa responsabilité ; elle m’a remboursée car elle y était obligée mais elle m’a laissée seule avec mon problème. Durant plusieurs jours, je me suis retrouvée sans carte bancaire » Et de se féliciter d’avoir été réactive pour mettre rapidement un terme aux vols. « Les hackers contractent parfois des crédits revolving ou effectuent des achats en bourse qui plongent les titulaires des comptes concernés en grande difficulté ». Marie-Laure s’inquiète aussi de la disparition de l’argent en espèce : « Je redoute que l’argent liquide soit supprimé.  Cela nous obligera à utiliser exclusivement un système faillible et toutes les opérations effectuées pourront être tracées. C’est un outil de surveillance généralisée qui se dessine ». 

Pour autant, la dématérialisation monétaire offre aussi de nombreuses facilités. On achète en ligne, on déclare en ligne… mais cela nous déresponsabilise aussi, comme le souligne Françoise : « A chaque fois que l’on fait appel à une machine, on s’éloigne d’une réalité concrète ». Christiane confirme cette impression : « Quand on achète en ligne ou même avec sa carte de paiement, on a moins conscience de la valeur des choses ». 

Florence préfère conserver un lien physique pour effectuer ses démarches administratives : « J’évite autant que possible d’utiliser les services proposés sur Internet ; je continue d’acheter mes billets de train à la gare et je n’utilise pas non plus de smartphone au quotidien. Je me sens mieux ainsi, même si je me prive de certains services. Mes petits-enfants me disent que je devrais utiliser WhatsApp, que je pourrais ainsi faire partie de leurs groupes de discussions mais je ne veux pas. Internet me donne l’impression de participer à la déshumanisation du monde ; je préfère rester maitresse de mon destin ». Sophie fait également partie de ces personnes qui privilégient le papier et le contact humain : « Je n’ai même pas de carte bancaire, seulement une carte de retraits et je paye tout en espèces ; ma vie me parait plus simple ainsi. Quand on a un contact physique, on a l’impression que les choses vous appartiennent ».

Mais aurons-nous longtemps le choix de conserver ces usages « archaïques » ? Serge-Patrick a dû négocier avec sa banque pour recevoir ses documents aussi bien en ligne, ce que privilégie sa femme, qu’en version papier, ce qu’il préfère : « J’ai l’impression de ne pas savoir comment m’y prendre avec les documents dématérialisés. Le support papier me rassure ; en cas de problème, je sais comment réagir ». Pourtant, il a conscience que ces questions seront bientôt oubliées : « Les jeunes n’ont pas la même perception du problème de la dématérialisation. Pour eux, effectuer leurs démarches en ligne est une évidence ». « Dans quelques années, il n’y aura plus qu’Internet » confirme Florence.
C’est bien pour cette raison qu’il s’agit de rester vigilant. « Internet est facile d’accès mais on ne devrait pas se contenter de cliquer sur une icône pour confirmer une opération parfois  importante » explique Françoise, « il faut prendre le temps de comprendre ce que l’on fait et à quoi on s’engage. Aujourd’hui, être responsable, c’est être renseigné ».