Emmanuel Macron a annoncé la création d’un service militaire volontaire dès l’été 2026 qui durera dix mois. 3000 jeunes seront concernés, puis 10.000 en 2030 et 50.000 en 2035. Ce nouveau dispositif interroge tous ceux qui, comme les résidents de la Rose des Sables, ont connu des temps où le pacifisme s’imposait et le service militaire était supprimé.
Revue de presse de la résidence de la Rose des sables.
Étaient présents : Annette, Brigitte, Chantal, Dominique L., Dominique S., Françoise S, Jean-Louis, Mouni, Renée ainsi que Gracinda et Edwige, animatrices.
Quand Emmanuel Macron propose de créer un nouveau Service Militaire Volontaire (SMV), cela est présenté comme une réponse aux différences menaces qui pèsent sur le monde et sur l’Europe. La France doit être capable de se défendre ; elle doit investir dans son armée et montrer qu’elle est prête à répondre à toute attaque éventuelle, militaire ou technologique. C’est en tout cas ce que le président de la République avance pour justifier sa décision.
Cela annonce-t-il la fin d’un monde en paix ? C’est ce que pressent Françoise : « Cette perspective de renforcer l’armée et qui est présentée comme une nécessité me fait peur ; la paix à laquelle nous avons tant crue dans les années 80 parait de plus en plus fragilisée ».
Tous les résidents ont bien conscience, qu’en quelques années, les tensions internationales ont pris de l’ampleur. Annette estime que « le pacifisme ne peut plus être considéré de la même manière qu’il y a quelques années ».
Un constat difficile à accepter. « Au fond de nous on ne veut pas la guerre » affirme René. « On n’a pas envie d’envoyer nos enfants se faire tuer, d’autant moins que personne ne sait quelle forme prendrait un éventuel conflit. Enverrait-t-on des hommes se battre ? Recevrait-t-on des bombes sur la tête sans savoir d’où elles viennent ? Y aurait-t-il une ligne de front ? La guerre en Ukraine nous a appris une chose : la guerre ne ressemble plus à celles qu’on a connues, les soldats se battent désormais contre des drones » !
Brigitte rappelle les futurs appelés du SVM seront comme une armée de réservistes : « Ces jeunes n’iront pas se battre mais ils offriront une présence militaire sur le territoire national pour remplacer les soldats aguerris qui auraient été envoyés sur un front de guerre ».
Pour Dominique S., l’annonce du président Macron fait partie d’une volonté de dissuasion. « Montrer que l’on est capable de se défendre est une manière préparer l’attaque tout en réduisant le risque d’un véritable conflit ».
Comment l’Europe en est-elle arrivée à devoir envisager de se défendre ? Pourquoi tant de pays au gouvernement autoritaire, voire totalitaire, s’en prennent-ils à son modèle démocratique ?
Si la réalité est difficile à accepter, les résidents reconnaissent que l’Europe est devenue une cible potentielle et qu’il faut songer à la défendre.
Ce climat rempli de bruits de bottes amène Françoise à se demander si notre société ne produit pas des va-t-en-guerre ? « L’actualité, les réseaux sociaux mais aussi les jeux en ligne où l’on passe son temps à s’entretuer ne sont-ils pas porteurs de ce message guerrier ? Aujourd’hui ce n’est plus l’Allemagne que nous rejetons ; nous partageons avec elle les mêmes enjeux et les mêmes dilemmes. Les Allemands aussi s’apprêtent à développer leur armée ».
Il ranime chez Renée son passé de femme de soldat : « J’avais 19 ans, j’étais mariée, mère d’un enfant et enceinte d’un autre quand mon mari a été envoyé en Algérie. La guerre oblige les gens à se battre, l’individu n’existe plus. Je préfèrerais que mes petits-enfants n’aient pas à vivre de telles situations ».
Et si la création du SMV véhiculait la promesse d’un brassage social ? A une époque où les gens se replient dans leurs communautés respectives, cela pourrait être salutaire pour rétablir de la cohésion sociale.
Les hommes qui ont connu le Service Militaire Obligatoire tel qu’il existait avant sa suppression par Jacques Chirac, disent souvent que cette expérience leur a permis de rencontrer des personnes d’autres classes sociales.
Le fils d’Annette en avait fait l’expérience : « Il avait été en contact avec des gens de différents horizons. Les trajets en train vers la caserne lui permettaient de multiplier les rencontres. Pour lui c’était un enrichissement ».Le SMV pourrait avoir cette vertu. Encore, que, comme le fait remarquer Brigitte, « 10 mois de service militaire, c’est un peu court pour apprendre, se former ou développer un projet personnel »…



