Le rapport au travail dépend de ses origines sociales, familiales, aussi de son genre…C’est ce que raconte Ninja en analysant son parcours.  

Par Ninja 

Un débat intergénérationnel vu à la télévision sur la valeur travail et son évolution au fil du temps m’a replongée dans de lointains souvenirs…

Née en 1945 dans un petit bourg de campagne vendômoise, j’ai vu beaucoup de gens « trimer » autour de moi, notamment mes parents et mes frères. Le travail était une valeur primordiale pour subsister, pour faire bouillir la marmite. C’était le premier but de la vie. Mon père, né en 1909, était ouvrier agricole. Il travaillait sans relâche. Pas de dimanche, pas de vacances. Ensuite, il est devenu cantonnier, puis garde-champêtre. Il était alors un peu plus heureux. Ma mère, née en 1911, et malgré 5 enfants à charge, allait faire la lessive et des ménages chez des commerçants. Elle n’avait pas le temps de souffler ! A la maison, les grands s’occupaient des petits. Dès l’âge de 14 ans, mes trois grands frères ont commencé à travailler dans les fermes. Une fois par an, sur la place du village, il y avait « la louée ». Chaque patron venait y choisir des jeunes gens que l’on nommait « arpètes ». L’un de mes frères a subi de mauvais traitements chez l’un de ses patrons, mais il n’avait pas d’autre choix que de subir. C’était marche ou crève, à l’époque, dans mon milieu ! Plus tard, il est parti faire la guerre d’Algérie, dont il est revenu traumatisé. Aujourd’hui, il a 88 ans et souffre de la maladie d’Alzheimer. Ses traumatismes le travaillent sans cesse. 

Quant à moi, la cinquième de la fratrie, la seule fille, j’ai ressenti très tôt la dureté de la vie. J’avais deviné que seule la culture me conduirait vers un ailleurs meilleur. J’ai alors dévoré les livres. En autodidacte. Mais c’est en travaillant et en devenant employée de la fonction publique et donc indépendante financièrement que j’ai pu quitter mon milieu familial. Ma cousine n’a pas eu cette chance : elle a été obligée de travailler gratuitement pour ses parents à la ferme. Elle n’avait pas le temps de lire. Chez ces gens-là, on ne lisait pas. C’était du temps perdu…
Fragilisée par mon enfance, j’ai dû faire un travail sur moi, afin de me libérer de mon héritage familial et des atavismes transgénérationnels. 
La place que l’on prend dans la société dépend du travail que l’on fait : travail manuel, travail intellectuel, travail scientifique, ou travail à la maison via des tâches ménagères ! 
A propos du travail, Voltaire a écrit : « Le travail éloigne les trois maux : le besoin, l’ennui et le vice ».
Quant à Diderot, il a dit : « Travail et bonté, deux articles de foi ».
Aujourd’hui, à 80 ans, je m’inquiète pour l’avenir des jeunes dans le monde du travail. Le progrès technologique a rendu l’homme moins esclave, tout au moins dans les pays dits civilisés…Mais ne va-t-il pas tuer le marché de l’emploi ? Les machines, les robots et les drones ne risquent-ils pas de prendre le travail des humains ?