Quelques jours après le début du conflit en Iran, difficile de vraiment comprendre ce que l’attaque conjointe d’Israël et des États-Unis implique et quelles en seront les conséquences. Les étudiantes en Économie Sociale de Familiale du lycée Flaubert et les résidents de la Rose des sables partagent leurs interrogations.

Revue de presse de la résidence de la Rose des Sables.
Étaient présents : Dominique, Jean-Louis, Madeleine, Monica ainsi que Edwige, animatrice, Eline et Lucie, services civiques, et les étudiantes BTS économie sociale et familiale parmi lesquelles : Anaïs, Anissa, Camille, Rougui, Sarah, Yasmina et leur enseignante, Margaux. 

L’offensive des États-Unis et d’Israël contre l’Iran provoque une onde de choc internationale ; les réactions se multiplient et demeurent prudentes tant il est difficile de mesurer les conséquences de cette attaque.
Cette prudence prédominait aussi dans les échanges entre résidents de la Rose des Sables et étudiantes du Lycée Flaubert, quelques jours après les premiers bombardements et quelques heures avant l’allocution du Président de la République.
Madeleine et Monica, deux résidentes, observent avec inquiétude la montée des discours militaristes en France : « Le chef de l’état-major des armées a affirmé sans hésitation que nous allions vers la guerre » souligne Monica ! Pour Madeleine les signaux se multiplient : « Les autorités parlent de la guerre avec de moins en moins de retenue ; le budget de la défense est augmenté. Des campagnes pour inciter les jeunes à s’engager dans l’armée fleurissent ». 
Rougui et Yasmina, deux étudiantes, se sont justement intéressées à la réinstauration du service militaire en France l’an dernier. Selon elles, cette décision s’inscrit dans un discours plus large sur le réarmement du pays : « Dans le prolongement de la guerre en Ukraine, les allusions à la nécessité de défendre le pays se sont multipliées ». Une autre étudiante, Anaïs, évoque une évolution progressive des discours politiques : « Aujourd’hui, même la perspective de relancer la natalité a été présentée par M. Macron comme un moyen de réarmer le pays ». Mais cette transformation reste parfois difficile à percevoir. « Il s’agit d’une transition lente », ajoute-t-elle.

Margaux, enseignante, confirme cette impression de changement de mentalité. « En tant qu’enseignantes, nous sommes sollicitées pour défendre le service militaire ; il nous est demandé de vanter les avantages offerts par cet engagement : la rémunération, les formations professionnelles proposées, le permis de conduire gratuit ».

Mais la France ne répond-elle pas à un besoin de rattraper son retard dans le domaine militaire dans un contexte de plus en plus tendu ? C’est le sentiment de Patricia qui évoque un échange avec un journaliste américain mettant en avant l’état de faiblesse de notre armée. « J’entends que la France n’a que trois jours de réserve concernant ses stocks de munitions, si c’est avéré, il y a peut-être une urgence dont il faut tenir compte ».

Au-delà des débats stratégiques, le conflit ravive surtout une forte inquiétude chez les plus jeunes. Lucie, en service civique, confie son désarroi : « L’avenir me semble de plus en plus flou. Comment se projeter dans un projet professionnel ou familial ? Je n’ai pas envie d’avoir un enfant pour devoir l’envoyer un jour au combat ». Amélie, du même âge, partage ce sentiment. « Ce climat est vraiment anxiogène. Même sur les réseaux sociaux la guerre est omniprésente ».
Camille, une autre étudiante, tempère : « Quand la guerre a débuté en Ukraine, on a tout de suite parlé de la troisième guerre mondiale ; finalement, le conflit dure mais ne se répand pas malgré la persistance des menaces. On ne sait pas comment le conflit en Iran va évoluer ».

Madeleine se montre également sceptique face au scénario d’un conflit mondial : « Les conséquences seraient si grandes que j’ai du mal y croire. Je crains davantage une multiplication des actions terroristes… ce qui n’est pas tellement plus rassurant ».

L’inquiétude porte aussi sur l’absence d’objectif clair dans l’offensive américaine. Pour plusieurs participantes, la décision semble avoir été prise dans la précipitation. « Donald Trump écoute ses impulsions mais n’écoute pas les autres » analyse Sarah. « Il ne consulte pas non plus les instances de son pays. D’un jour à l’autre, il peut changer d’avis sans aller au bout de ce qu’il a entamé… mais le mal est fait ». Madeleine s’interroge sur les pressions auxquelles il doit faire face. « Il est entouré de personnages qui défendent surtout leurs intérêts ». « Cela devrait l’inciter à davantage prendre le temps de la réflexion » renchérit Anaïs, « mais il fait tout le contraire. Il n’y a pas de logique dans ses actions ». 
Un fil conducteur semble cependant se dessiner dans la politique internationale américaine : le pétrole. C’est ce que relève Monica : « Que ce soit en Amérique du sud avec le Vénézuéla, au Groenland et aujourd’hui en Iran avec la proximité du détroit d’Ormuz, le pétrole est toujours présent. Donald Trump veut en contrôler l’exploitation et le commerce ». Cette stratégie pourrait toutefois avoir un coût économique important. Les risques d’inflation liés à l’offensive américaine pourraient accentuer l’instabilité économique mondiale.

Les intentions du gouvernement israélien suscitent quant à elles moins de commentaires, comme si l’État hébreu se contentait de suivre son allié américain. Pourtant, sa responsabilité est également engagée. Son armée a attaqué l’Iran sans avertissement et tiré de nombreux missiles sur le Liban, provoquant la fuite de centaines de milliers habitants.
En Iran comme au Liban, ce sont les populations qui sont les premières victimes de toutes ces agressions rappellent plusieurs participants. Dominique, résident attaché aux valeurs humaniste, conclut en rappelant l’histoire d’un pays divisé : « L’Iran c’est l’ancienne Perse. C’est une grande civilisation dont le peuple iranien est fier. Je ne pense pas qu’il acceptera de se retrouver sous le joug des Américains ; il y a en lui un grand désir de liberté. J’espère aussi que les Iraniens n’auront plus à souffrir du dictat des Mollahs ».