Trêve de pessimisme. Minuit n’a pas encore sonné. Le scrutin municipal a montré que les Français tenaient à la démocratie et qu’ils pouvaient se mobiliser quand les valeurs qu’ils chérissent sont en danger. L’analyse d’Emmanuèle.
Par Emmanuèle Jeandet.
L’image d’Emmanuel Grégoire, rejoignant, après sa victoire, l’Hôtel de Ville de Paris à vélo, au milieu d’une foule qui l’applaudissait, restera comme l’une des plus marquantes des élections municipales de 2026.
Pourquoi ? Parce qu’elle incarne à la fois Paris comme « ville monde », une confrontation politique entre gauche et droite mais aussi un duel entre une figure très médiatisée, plusieurs fois ministre, soutenue par le président de la République, et un quasi inconnu, ancien adjoint de la précédente maire de la capitale. Une illustration d’une démocratie vivante, presque triomphante !
Dans une période où la démocratie est à la fois ouvertement critiquée et où le nombre de pays pouvant encore être considérés comme démocratiques diminue, on peut voir dans le résultat du scrutin parisien, le signe d’une bonne santé démocratique. Ce qui ne peut que réjouir, quelles que soient ses idées politiques.
En tout cas, les municipales de 2026 ont fait parler d’elles !
D’abord par son taux d’abstention important et en augmentation : 57,1 %, des Français inscrits sur une liste électorale ont voté en 2026 contre 63,55% en 2014 et 65,11% en 2008. (Les élections de 2020 ayant été troublées par le COVID n’ont pas produit de résultats signifiants).
N’empêche… Les Français ont quand même voté de manière significative et quelques grandes batailles ont été largement commentées dans les médias, pas seulement à Paris, mais aussi à Lyon, à Bordeaux, à Toulouse… Et pas seulement dans les grandes villes mais aussi dans les villes moyennes, Pau, Nice, Saint-Denis… La victoire du candidat LFI Bally Bagayoko à la Mairie de cette ville du « 93 » a d’ailleurs suscité beaucoup de réactions violentes et d’attaques racistes scandaleuses. Mais au-delà de ces incidents déplorables, ces municipales ont soulevé de multiples débats, évoqué de nombreux enjeux, pas uniquement locaux. Ils ont également mis en lumière les clivages nationaux, prémices des futures élections présidentielles qui auront lieu au printemps 2027. Comme quoi, la politique si décriée quand elle est portée par des hommes et des femmes politiques souvent décevants dans le théâtre du Parlement, et bien la politique intéresse encore !
Et la place des femmes dans ces municipales ? Si la parité a été de rigueur, c’est la loi, elle ne s’est cependant pas traduite par plus de femmes élues en tant que maires. Rien d’étonnant. Parmi les têtes de listes, on ne comptait à gauche que 22 % de femmes, à droite et au centre, respectivement 19% et 18 % et à l’extrême-droite, 16 %. Dans les communes de moins de 1000 habitants, communes pour lesquelles la parité s’appliquait pour la première fois, seulement 23 % de femmes ont été élues. Si la loi n’imposait pas la parité dans quel pays vivrions-nous ?
Malgré ces faiblesses, ces élections organisées de manière libre, dans le respect des libertés individuelles et collectives et de la diversité des opinions, ont traduit la vigueur de notre démocratie.
Dans une interview récente parue dans Le Monde (samedi 11 avril 2026), Edgar Morin exprimait cette idée terrifiante : « Il sera peut-être bientôt minuit dans le siècle ».
Peut-être… Voilà une invitation à rester vigilants pour maintenir et protéger les principes fondamentaux de la démocratie qui permettent de garantir libertés et solidarités. Rien n’y est parfait, le combat pour plus de justice sociale et d’égalité doit se poursuivre, mais sachons conserver ce que tant d’autres peuples ont perdu ou n’ont jamais pu retrouver. Saluons d’ailleurs les Hongrois qui ont su voter pour revenir vers la démocratie !





