Pour l’édition 2026 de notre série d’été, nous avons eu envie de mettre en valeur ceux qui partagent leurs regards, curiosités, agacements, plaisirs tout au long de l’année au travers de leurs articles. En répondant à une dizaine de questions, Claudie, Emmanuèle, Martine, Ninja, Stéphane et toute la bande du comité de rédaction ont raconté de quel bois ils sont faits !
Pour sa part, Claudie s’est concentrée sur une question : Les 5 évènements qui ont jalonné ma vie.
1° La guerre 39-45
Je suis née au Havre et j’avais 2 ans et demie, quand ma ville natale a été bombardée par les Allemands en juin 1940, et six ans et demi quand elle l’a été par les Alliés en 1944. Le Havre a en effet le triste privilège d’avoir été la ville la plus détruite de France, à 85%.
Cet événement traumatique a profondément marqué toute mon enfance et ma jeunesse, et laissé des traces indélébiles. La guerre en Ukraine, à notre porte, et la situation géopolitique mondiale ravivent en moi ces souvenirs douloureux.
2° La maternité
À 23 ans, je suis devenue mère pour la première fois. Donner la vie, c’est un bouleversement total aussi bien physique que psychique : le corps se transforme, les émotions s’exacerbent sous l’aiguillon de la peur et du doute, le rythme change. Être mère, c’est apprendre à faire de son mieux ! C’est aussi une histoire de transmissions, de traits physiques et de valeurs, d’une histoire familiale. Quelle expérience extraordinaire.
3° Le droit des femmes et l’interruption volontaire de grossesse.
Le droit des femmes est, pour moi, fondamental et inaliénable. Quand je suis née, les femmes n’avaient pas le droit de voter, ni celui d’ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur mari, quant à la contraception, n’en parlons pas !
Les conquêtes de mai 68, grâce, entre autres, à la lutte engagée par des mouvements féministes, ont été déterminantes pour le droit des femmes. Ces dernières ont obtenu le droit de disposer de leur vie, de se marier ou non, et de disposer de leur corps, de procréer ou non. Avant 1975, l’avortement était considéré comme un crime et puni par une amende et une peine de prison. Les femmes concernées se « débrouillaient », livrées aux « faiseuses d’anges » et à leurs aiguilles à tricoter ! Il a fallu attendre janvier 1975 pour que l’interruption volontaire de grossesse (IVG) soit dépénalisée grâce à une loi défendue par Simone Veil. Merci Simone !
4° Ma vie professionnelle
Même si je me suis parfois sentie écartelée entre ma vie familiale et ma vie professionnelle, j’ai eu l’impression de m’accomplir pleinement à cause et grâce à cette vie que j’ai choisie.
Le travail d’équipe dans l’institution, les nombreux contacts avec différentes personnes ont été de grandes sources d’enrichissement et d’épanouissement personnels. Les défis, les réussites, les difficultés rencontrées m’ont permis d’acquérir une meilleure confiance en moi.
La vie professionnelle favorise le partage des tâches au sein du couple ainsi que l’autonomie des enfants, sans compter qu’elle offre l’indépendance financière dont les femmes étaient privées autrefois.
5° Mon déménagement
Après le décès de mon mari, je suis devenue Rouennaise. C’était en juin 2020.
J’ai quitté ma ville de cœur, le Havre, car mon habitation et surtout mon jardin étaient devenus trop lourds à gérer pour moi seule.
Mes enfants et petits-enfants sont Rouennais pour la plupart. Leur soutien et leur présence sont précieux ; en cas d’urgence, ils sont facilement joignables.
C’est pour ces raisons que j’ai choisi un autre lieu de vie. Mais mon installation a été compliquée par le surgissement du Covid. Difficile de faire de nouvelles rencontres, de s’inscrire dans des activités culturelles et d’adhérer à de nouveaux projets quand tous les lieux de culture et de loisirs sont fermés et qu’il faut se confiner ! Il a fallu attendre que la vie retrouve son cours normal pour que je me mette à habiter ma nouvelle ville. Se reconstruire une nouvelle vie réclame de l’optimisme, de la persévérance et du temps.



