Les périodes de canicules et de sécheresses se multiplient. Réduire notre consommation d’eau devient de plus en plus urgent. Comment changer nos habitudes ? L’argent est-il le seul moyen de nous inciter à le faire ? Les résidents de la résidence Trianon de Rouen partagent leurs expériences.

Revue de presse à la résidence autonomie du Trianon à Rouen. 
Étaient présents : Annick, Catherine, Christiane, Christine, Daniel, Jean, Marie Laure, Odette, Odile, Patrick, Pierre, Thierry, Viviane.

La quantité d’eau est toujours la même sur la planète mais sa répartition évolue et l’accès à l’eau potable devient de plus en plus compliqué. « Nous sommes en train de prendre conscience de notre vulnérabilité » s’inquiète Catherine. Mais modifier ses habitudes de vie ne va pas de soi. Qui est prêt à réduire spontanément sa consommation d’eau ? Trois exemples montrent que la contrainte économique reste un levier puissant pour inciter les consommateurs à y parvenir.
– Le village de Pillemoine dans le Jura est alimenté en eau par une source dont le débit n’a cessé de diminuer cet été. Les alertes lancées pour inviter les habitants à réduire leur consommation n’ayant eu aucun effet, le maire a multiplié le prix du mètre cube par sept. La consommation a immédiatement baissé de 20%. Cette décision, prise en urgence, est temporaire.
– La ville de Lyon a pris des mesures depuis plusieurs années déjà. Marie-Laure les présente ainsi : « le prix de l’eau dépend de la consommation. Le tarif de base est bas mais quand un abonné dépasse la quantité prévue dans son contrat, les prix augmentent ».
– Jean évoque la situation au sein de la résidence Trianon : « Ici, personne ne reçoit de facture d’eau. La consommation apparait seulement dans les charges collectives ce qui donne l’impression d’une gratuité. Cela n’incite personne à surveiller sa consommation ».

Heureusement des initiatives existent pour éveiller les esprits. « Des comités de quartiers et des associations abordent le problème de l’eau ; ils cherchent à alerter les gens mais n’ont pas de véritables moyens d’actions pour autant » avance Catherine. Patrick veut croire à la pédagogie : « Les enfants sont sensibilisés au problème de l’eau à l’école. C’est utile et important ; ils en parlent ensuite avec leurs parents. Le sujet se diffuse ». Marie-Laure relativise cependant : « Il y a 20 ans, on parlait déjà d’écologie dans les classes ; les enfants de l’époque ne sont pas devenus des adultes vertueux pour autant » ! Catherine veut rester optimiste : « Les jeunes prennent mieux en compte le réchauffement climatique ; les jeunes agriculteurs développent des systèmes d’exploitation vertueux bien éloignés de la culture intensive. Je pense que cela va se développer ».

Au-delà des initiatives individuelles, Pierre pense que des mesures structurelles sont nécessaires : « Les collectivités locales et les syndicats des eaux ont pris conscience qu’il valait mieux entretenir les canalisations. Tant mieux. Maintenant, il faudrait aussi différencier les réseaux. On n’est pas obligés d’avoir de l’eau potable pour faire sa vaisselle ou tirer la chasse d’eau ». Pierre souligne aussi l’importance de l’observation : « regardons comment font les pays où l’eau a toujours été rare ! Quand je faisais mon service militaire dans le Sahara, je voyais que les habitants savaient utiliser l’eau avec intelligence ».

La crise de l’eau ne se réglera pas à coups de seuls petits gestes individuels. Si chacun peut agir à son échelle, une réponse durable passe aussi — et surtout — par une transformation en profondeur de nos modèles de production et de consommation. Datacenters, industrie textile, surtourisme : de nombreux secteurs continuent de solliciter fortement les ressources en eau de nos territoires, parfois jusqu’à mettre sous pression les rivières et les nappes phréatiques. Jusqu’où peut-on laisser faire ?