Après avoir vu son quotidien se restreindre parce qu’elle se mouvait avec difficulté, Martine a accepté une opération de la colonne vertébrale. Elle partage sa joie d’avoir retrouvé sa verticalité. 

Par Martine Lelait

Confrontée depuis des mois à des problèmes de sciatiques dont rien ne venait à bout (ni les anti-inflammatoires, ni les séances de kiné, pas plus que celles d’ostéopathie ou les infiltrations), et avec un périmètre de marche de plus en plus restreint (dos courbé et avec canne), j’ai accepté une opération de la colonne vertébrale : débouchage du canal lombaire et pose d’une arthrodèse (un dispositif en titane fixant entre elles plusieurs vertèbres).
Je savais que c’était une opération longue et lourde, non dénuée de risques, mais ô miracle, tout a fonctionné pour le mieux grâce à un chirurgien très expérimenté en matière de rachis. Dès mon réveil, les douleurs dans les jambes avaient complètement disparu et la canne ne m’a plus jamais été nécessaire ; je croise les doigts pour que cela s’avère durable. Le lendemain, je commençais quelques exercices de kiné à la clinique, et je sortais après seulement trois nuits d’hospitalisation.
La convalescence a démarré avec les soins à domicile, pansements, piqûres, jusqu’au retrait des agrafes. Compte-tenu des limitations dans mes mouvements, j’avais anticipé mon retour et aménagé mon appartement en conséquence : j’avais mis à hauteur sur le plan de travail de ce dont j’aurais besoin pour cuisiner, réhaussé mon lit, la cuvette des WC, acquis une chaise haute et une pince, un outil fabuleux que je n’aurais jamais cru aussi indispensable, pour ramasser tout ce que je faisais tomber et il a beaucoup servi !

Pas le droit de porter des charges lourdes : j’ai commandé mes courses sur internet que ma fille est allée chercher ; pas le droit de me baisser : c’est ma fille qui remplissait et vidait la machine à laver, le lave-vaisselle. Ce qui me privait le plus : pas le droit de conduire, ni même de monter dans une voiture comme passagère. En revanche, le droit de marcher, marcher et encore marcher, mais que j’ai eu du mal à mettre en œuvre puisque ma sortie a coïncidé avec la première canicule. J’ai quand-même pu aller une fois jusqu’au Jardin des Plantes pour y prendre un petit déjeuner un matin très tôt avant les grosses chaleurs.
Pour mettre toutes les chances du côté de la bonne récupération, j’ai été hyper respectueuse de ces consignes.
Et maintenant, je redécouvre avec délices les premières fois : 
– la première fois où, avec l’accord de mon chirurgien, j’ai pu recommencer à conduire. Quel bonheur que cette autonomie retrouvée !
– la première fois où j’ai pu aller faire une petite marche en forêt. Je n’avais pas connu cela depuis de nombreux mois
– la première fois où j’ai pu m’asseoir sur une chaise normale
– la première fois où j’ai pu passer l’aspirateur (bon, d’accord, pas de quoi s’en vanter …)
– la première fois où j’ai traversé la Seine (mais c’était trop, j’avais un peu présumé de mes forces, j’étais usée le soir)
– la première fois où j’ai pu reprendre le bus
– la première fois où j’ai pu retourner au cinéma
– la première fois où j’ai pu conduire jusqu’au Havre (c’était pour une bonne cause, l’enterrement d’une amie…)
– la première fois où j’ai pu reprendre mon vélo (pour aller chez le kiné), des années que je n’étais pas montée sur mon vélo
– la première fois, ce matin, où je suis allée à la piscine, je n’y avais pas remis les pieds depuis avant le premier confinement !

D’autres premières fois à venir : retourner en Bretagne, me baigner dans la mer…
Ce ne sont que des petites choses ordinaires de la vie, me direz-vous, mais quand on en a été privé, ces premières fois ont un goût incomparable !