Un sourire échangé dans un bus, et voilà qu’une envie naît chez Yvette : celle de s’adresser aux jeunes de 20 ans, à ceux que leurs aînés critiquent parfois un peu vite. Entre idées reçues, nouvelles technologies, crise climatique et liberté de choisir sa vie, une invitation au dialogue et un message d’encouragement.
Par Yvette Fokoua
Je descends du bus et, certes, j’ai une canne. Je me retourne et découvre qu’une très jeune fille s’adresse à moi : « Vous avez une jolie canne, Madame ! » Cette phrase sympathique, accompagnée d’un joli sourire, ensoleille ma journée. Elle me donne envie de m’adresser, à mon tour, à tous les jeunes d’environ 20 ans.
« Les jeunes ne veulent plus travailler »
Bonjour, jeunes de la Gen Z !
La plupart des générations qui se sont succédées gardent la nostalgie de leurs 20 ans et ont parfois reçu l’opprobre de leurs aînés. Qu’en est-il pour vous ?
J’aimerais vous faire part de ce que j’entends, de ce que j’en pense et même, si vous le permettez, vous suggérer quelques conseils.
Une phrase qui revient souvent : « Les jeunes ne savent plus faire d’efforts, ils ne veulent plus travailler. »
Certes, une très petite minorité d’entre vous s’est mise en marge des normes habituelles, et je le regrette. Mais pourquoi ne pas parler de tous ceux qui se lèvent tôt pour se rendre à leur travail afin de payer leur loyer ? De ceux qui font une double journée pendant leurs études ? Ou encore de ceux qui accomplissent des tâches difficiles ou inintéressantes parce que l’agence pour l’emploi n’avait rien à leur proposer en adéquation avec leur bac + 5 ?
Les deux générations précédentes, qui ont connu le plein emploi et l’ascenseur social, ne devraient-elles pas examiner de plus près la situation de la jeunesse ? Et pour ceux qui sont restés à la dérive, n’y avait-il pas quelque chose à faire ?
« Vous n’avez plus de culture ! »
Autre affirmation : « Vous n’avez plus de culture ! » Ça, c’est sûr… à nos yeux, tout au moins !
Si, en classe de quatrième, les octogénaires d’aujourd’hui découvraient Antigone de Sophocle et la comparaient à celle d’Anouilh, je parierais que vous seriez nombreux à demander : « Qui est Sophocle ? »
Mais le programme que l’on appelait « étude de textes » s’est beaucoup allégé au fil des ans, tandis que les heures de français diminuaient. Sophocle, puis Anouilh et leur héroïne ont ainsi disparu de l’horizon des classes de quatrième !
Cependant, vous avez une autre culture qui nous dépasse : vous savez manier l’informatique comme personne ! Et ce que nous, parfois par manque de discernement, rejetons avec le dédain que les littéraires peuvent éprouver envers les nouvelles technologies représente pour vous une grande richesse.
L’IA : le meilleur et le pire de la technologie
En un clic et quelques recherches, vous pouvez vous approprier toutes les connaissances que nous avions acquises dans notre jeunesse. Vous devenez le casse-tête des profs, qui doivent se triturer les neurones pour trouver des évaluations que l’IA ne résoudra pas à votre place. C’est enivrant, cette puissance qui vous est offerte, presque comme un jeu supplémentaire ! Mais soyez vigilants : vous ne sollicitez plus autant votre mémoire et votre sens critique risque de disparaître peu à peu.
Pire encore, vous pouvez devenir la cible de personnes mal intentionnées et propager la désinformation que vous avez lue sur votre écran, devenu votre autre « moi ». En cette veille d’élection, surtout, vous serez abreuvés de textes et d’images générés par l’IA. Vous avez entre les mains le meilleur et le pire de la technologie. À vous d’être prudents et d’en faire un outil, et non une arme.
Restez libres de vos choix
Ne vous laissez pas insulter par des gouvernements qui oseraient vous présenter un marché du type : avoir un bébé contre 1 000 euros ! Restez libres dans votre désir et dans votre choix d’avoir un enfant au moment où vous le jugerez opportun.
Vous êtes également confrontés à une crise climatique dont René Dumont se préoccupait déjà dans les années 1960. Nous n’avons pas voulu, ou pas su, la voir au fil des années. Et maintenant, c’est à vous de gérer les conséquences de notre inconséquence : les guerres, le développement des inégalités, la dette…
Bref, c’est à vous de redonner aux trois mots qui sont les nôtres — « liberté, égalité, fraternité » — le sens qu’ils avaient en 1848 ! À ce propos, demandez à l’IA ce qui s’est passé cette année-là, juste au cas où vous l’auriez oublié !
À vous de prendre les rênes !
Merci à vous, les jeunes, pour ce que vous êtes et ce que vous allez devenir.
Vous vous préparez à prendre les rênes. La tâche sera peut-être difficile, mais quel challenge à relever !
Bon courage et belle vie à vous !




