Éric est musicien et d’origine américaine. Il fait partie des fans inconditionnels de la chanteuse country Dolly Parton qui vient de disparaître à 80 ans. Il a eu la chance de la rencontrer à plusieurs reprises. L’occasion d’une interview avec lui était trop belle… pour son épouse Thésy !
Par Thésy Bionner
Elle a souvent été désignée comme la reine de la musique country, Dolly Parton. Et pour cause : elle a marqué l’histoire de la musique avec plus de six décennies de carrière. Elle a écrit plus de 3000 chansons, parmi lesquelles les célèbres « Jolene » ou « I will always love you » (reprise par Whitney Houston sans son autorisation) et elle a produit plus de 65 albums qui se sont vendus à plus de 100 millions dans le monde. La belle blonde faisait partie du petit club des personnalités publiques les plus aimées des Etats-Unis. Elle est décédée le 25 août dernier, à l’âge de 80 ans. Éric, le mari Thésy, se souvient d’elle.
Éric, tu fais partie des personnes qui ont été très touchées par le décès de Dolly Parton. Tu avais eu la chance de la rencontrer à plusieurs reprises…
La première fois, j’avais 9 ans. C’était à Nashville, à la fin de l’année 1966, un samedi en fin d’après-midi. Je venais de voir le film de Frank Tashlin datant de 1956 The Girl can’t help it, (en français, La Blonde et Moidans lequel jouait Jayne Mansfield). Et voilà qu’une dame ressemblant vaguement à l’actrice en question, habillée en vêtements civils sans atours de scène, est entrée dans le salon familial. C’était Miss Dolly Parton, accompagnée de son producteur de l’époque, Chet Atkins, qui était le boss direct de ma mère. Celle-ci travaillait en effet chez RCA comme attachée de presse. Quand, je lui ai demandé pourquoi la dame blonde était venue à la maison, elle m’a expliqué qu’elle sortait son premier 45 tours chez RCA, contenant notamment la chanson Dumb Blonde, autrement dit La blonde idiote.
A quelles occasions l’as-tu rencontrée à nouveau ?
Grâce aux relations professionnelles de ma mère, j’ai eu la chance d’assister à plusieurs évènements liés à la musique country, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. C’est ainsi que mon chemin a recroisé Dolly Parton quatre fois. Je l’ai rencontrée « backstage », c’est-à-dire dans les coulisses et les loges. Dolly Parton était une personne très accessible, ne se drapant pas dans sa réputation de reine de la country.
Quelle est la rencontre qui t’a le plus marqué et qui t’a fait réaliser qu’elle était vraiment une personne hors du commun ?
La rencontre la plus longue avec elle a eu lieu au siège de son entreprise Dolly Parton inc, dont les activités dépassaient le monde de la musique. Je l’avais contactée pour l’interviewer dans le cadre de portraits de grandes stars de la country qu’une chaine de télévision branchée m’avait commandés. J’étais alors journaliste. J’ai été reçu par une Dolly Parton en tenue de chef d’entreprise, ce qui n’était pas dans ses habitudes médiatiques. Elle a aussitôt reconnu le gamin rencontré des années auparavant. Et s’est prêtée au jeu de l’interview pendant deux bonnes heures. Je n’avais encore jamais ressenti autant d’humanité et de proximité émanant d’une star du showbiz.
Quelles sont tes chansons de Dolly Parton préférées ?
Adolescent, celle qui m’a littéralement pénétré le cerveau et que j’ai chantée souvent sans avoir cherché à l’apprendre, c’était the coat of many colors, (en français, le manteau de toutes les couleurs. Elle décrit l’enfance de Dolly qui a été très pauvre. Plus tard, vers l’âge de 16 ans, alors que j’étais moi-même devenu un musicien-chanteur de country, j’ai ajouté plusieurs de ses titres à mon répertoire.
Aux Etats-Unis, le décès de Dolly Parton a bouleversé beaucoup de personnes ne partageant pas forcément les mêmes idées politiques. Comment expliquer ce consensus autour de son talent ?
C’est vrai que Dolly Parton a été une véritable icône de la musique populaire américaine. A sa mort, le gouvernement américain a décrété une semaine de deuil national : les drapeaux ont été mis en berne sur la Maison Blanche et les bâtiments officiels. Le fait qu’elle ait été connue pour avoir toujours soutenu le clan démocrate aurait pu braquer le camp adverse mais cela n’a pas été le cas. Même les Sudistes, majoritairement des Républicains très engagés, l’aimaient. Il faut se souvenir qu’au-delà de son talent d’artiste, Dolly Parton était aussi une humaniste. Elle s’est engagée dans plusieurs causes humanitaires, notamment en faveur des enfants issus de milieux défavorisés et n’ayant pas accès au savoir. A Nashville, temple de musique country, son parcours est considéré comme une réussite à l’américaine ; par ailleurs, sa voix, contrairement à celle de Joan Baez ou même à celle de sa grande amie Emmylou Harris, n’avait pas subi les outrages du temps. Sa tessiture vocale à la fin de sa vie était identique à celle de ses dix-huit ans. Dolly Parton est souvent comparée à Bob Dylan. Moi, je la compare plutôt au chanteur Johnny Cash.




