Comment analyser la colère des lycéens qui semble être arrivée si soudainement ? Enseignante à la retraite, Yvette a gardé des liens avec l’enseignement. Et justement… La proviseure d’un lycée de 1655 élèves lui a transmis un article du professeur de philosophie, Gabriel Perez, qui raconte bien, selon elle, les fruits de la colère.
par Yvette Fokoua.
Il me paraît impossible aujourd’hui d’occulter la colère lycéenne. Elle suscite beaucoup de controverses non seulement parmi la population. Mais aussi dans les rangs des politiciens qui ne l’analysent qu’en fonction des échéances électorales sans jamais revenir sur les racines profondes du malaise.
Dans une chronique publiée sur le site « Le café pédagogique » (https://www.cafepedagogique.net/2026/10/06/blocus-lyceens-et-etudiants-chronique-dune-explosion-annoncee/) le professeur de philosophie dans un lycée francilien, Gabriel Perez, (par ailleurs auteur de l’essai On achève bien l’école, paru aux édition Grasset en 2025) fait remonter l’origine de ces manifestations aux choix politiques voulus par le ministère de Jean-Marie Blanquer (sous le gouvernement d’Edouard Philippe). La réforme du bac général et technologique, mis en place à la rentrée 2018, a supprimé le groupe classe au profit de multiples sous-groupes, ce qui a été la porte ouverte à des emplois du temps ineptes pour les élèves. Elle a instauré le contrôle continu, un principe très inégalitaire selon les enseignants. En effet, la notation des copies, l’évaluation choisie, le niveau général de la classe, l’absentéisme (parfois stratégique) des élèves n’en font pas un critère solide.
Par ailleurs, cette réforme a produit deux plateformes nationales d’orientation et de candidature, Parcoursup et Mon master, qui laisse, en 2026, 126’000 bacheliers sans affectation, c’est-à-dire sans projet d’études supérieures, soit 20’000 de plus qu’en 2025.
Jamais les sept ministres de l’Éducation Nationale qui se sont succédé sous Emmanuel Macron ne sont revenus sur ces réformes, pourtant critiquées à la fois par les enseignants, les élèves et les représentants de parents d’élèves.
Autrement dit, ces jeunes qui manifestent aujourd’hui ne veulent pas se retrouver sur le carreau comme leurs aînés, ni que ce soit des algorithmes qui déterminent leur avenir, les classent, les sélectionnent et les éliminent d’un cursus d’études universitaires. Les portes de l’université sont en train de se fermer pour beaucoup de jeunes, tandis que celles d’écoles privées et fort coûteuses s’ouvrent à qui peut payer et sans requérir l’avis de Parcoursup. Bonjour les inégalités…
Sans compter que Parcourssup et Mon master ne suivent pas forcément la même logique. L’un peut sourire à un aspirant à la licence tandis que l’autre le refusera en master. Alors, comment ne pas comprendre ce que nos jeunes veulent dire à leurs aînés ? D’une part, ils ne veulent pas que l’IA décide de leur avenir et d’autre part, ils réclament le droit de faire de bonnes études et d’envisager leurs propres projets. Dommage qu’un petit nombre d’entre eux, moins mature, tout nouveau au lycée sans doute, se soit laissé happer par l’euphorie de la manifestation ou la nocivité de black blocs.




