Les pillages qui ont accompagné le mouvement social du 17 octobre ont beaucoup touché les résidents de l’Ehpad Saint-Joseph de Sotteville-lès-Rouen. À leurs yeux, les manifestations lycéennes qui ont précédé cette journée ont contribué à créer un climat de violence, qui a culminé lors de ce samedi noir. Les étudiants sont-ils pour autant responsables des débordements ? La réponse n’est pas si évidente.
Revue de presse à l’EHPAD Saint-Joseph de Sotteville-lès-Rouen.
Étaient présents : Annette, Christiane, Colette, Liliane, Marie, Micheline, Odile, Raphaël, Roger, Rollande, Rosa, Yvette B., Yvette S. et Laura, animatrice.
Dans le sillage du mouvement étudiant, des manifestations sont organisées chaque samedi, un peu partout en France, pour protester contre la baisse du pouvoir d’achat et porter d’autres revendications. Celle du 17 octobre a été marquée par de nombreux débordements. Le lien entre les deux mobilisations est indéniable, mais cela rend-il les étudiants responsables des pillages qui ont touché de nombreux centres-villes ? « A l’origine du mouvement étudiant, il y a de réelles demandes » rappelle Annette. « Les lycéens veulent étudier dans de meilleures conditions et se plaignent du manque de professeurs, de l’état des locaux, des disfonctionnements de Parcours Sup… Ces revendications sont restées longtemps sans réponse. Cela a généré une grande frustration ». Si le gouvernement semble avoir pris en partie la mesure du mécontentement, on peut penser que beaucoup de temps a été perdu. « C’est peut-être ce qui fait le plus de peine », ajoute Colette. « Les revendications sont les mêmes depuis des années mais aucun gouvernement ne les a jamais prises au sérieux. Si ce manque de considération explique le mouvement étudiant, il n’excuse en rien les violences ». Annette abonde : « Il était temps que les politiques s’emparent du sujet. Dans les moments de violence, il faut faire preuve de tolérance et faut chercher à comprendre les causes profondes du mouvement » !
Les récentes annonces gouvernementales suffiront-elles à désamorcer la crise ? Yvette B. et d’autres résidents en doutent : « Une fois qu’un rapport de force est engagé, il est difficile d’en sortir. J’espère que les étudiants sauront s’arrêter ; mais le fait qu’ils aient été rejoints par des casseurs a pu leur donner un sentiment de toute puissance ».
Tous espèrent désormais qu’un véritable dialogue s’instaurera durablement. Car les violences polarisent l’attention et relèguent au second plan les problèmes de fond. Annette tient à ce que les questions soulevées par les lycéens ne soient pas oubliées. « Ils le méritent. Il faut défendre l’école et le rôle positif qu’elle tient dans notre société. C’est facile de toujours la critiquer alors qu’il faut lui donner les moyens d’être forte. Personnellement, j’ai mis mes enfants dans le privé à cause de l’absentéisme qui régnait dans l’enseignement public, mais j’ai toujours défendu l’égalité des chances, à laquelle je crois. C’est à cette question-là que les politiques doivent répondre : donner de l’ambition et de l’espoir à tous les jeunes, quel que soit leur milieu ».
En France, l’ascenseur social ne fonctionne plus. Le constat ne date pas d’aujourd’hui. Colette raconte que ses parents n’avaient les moyens de lui payer d’études : « C’était tellement évident, que je n’y pensais même pas ». Rollande la rejoint : « J’étais la treizième enfant de la famille, il ne fallait pas que je demande grand-chose. C’était une autre époque, mais je ne trouve pas que cela aille beaucoup mieux aujourd’hui. Mes petits-enfants ont autant de mal à financer leurs études, d’autant plus que les frais annexes – logement, transport, nourriture – sont devenus plus lourds ».
Annette déplore elle aussi cette situation. « Les jeunes se limitent volontairement parce qu’ils estiment qu’il leur sera impossible de faire des études plus longues. On souffre d’une culture trop élitiste ».




