Le nombre des bistrots ne cesse de baisser. Ils restent cependant des lieux privilégiés pour créer du lien social. Le ministère de la culture envisage de proposer leur inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Une bonne occasion pour aborder le sujet avec les résidents de la résidence Trianon.
Revue de presse à la résidence autonomie du Trianon à Rouen.
Étaient présents : Brigitte, Eliane, Jean, Odette, Odile, Pierre, Thierry, Viviane.
La France comptait plus de 500.000 bistrots au début du 20ème siècle ; il en reste moins de 40.000 aujourd’hui d’après France-Info. Leur inscription au patrimoine immatériel de l’Unesco serait certes un geste symbolique mais cela apporterait une reconnaissance bienvenue.
Pour Thierry, le bistrot représente encore et toujours un lieu de rencontre. « Certains clients sont tellement attachés à leur café qu’ils n’iront jamais dans un autre. Il faut bien comprendre que c’est une petite société qui se construit là ; les habitués connaissent tout le monde, ils jouent aux cartes, aux dés, ils parlent de tout et de rien. Le bistrot, c’est un poumon pour un quartier ».
Pierre rappelle aussi à l’utilité des cafés en milieu rural : « Les bistrots sont particulièrement importants dans les campagnes pour maintenir une vie sociale ».
Si les bars permettent de tisser des liens, ils restent cependant des endroits où l’on consomme de l’alcool. Thierry a longtemps été alcoolique, il se souvient pourtant que le bistrot qu’il fréquentait représentait davantage pour lui une bouée de sauvetage qu’une incitation à boire : « Ce n’est pas le bistrot qui m’a rendu dépendant à l’alcool ; je l’étais avant d’y aller. En revanche, c’est un lieu où j’ai pu construire des relations fortes avec d’autres personnes ; je ne sais pas ce que je serais devenu sans cela ».
Plusieurs résidents ont vécu indirectement les problèmes liés à la consommation d’alcool dans les bars. Le père d’Eliane était alcoolique et passait tout son temps au zinc, celui d’Odile s’y rendait avec ses collègues, sitôt sa journée de travail aux pompes funèbres achevée. « Cela m’a vacciné de fréquenter les cafés, contrairement à mes frères » témoigne-t-elle. Brigitte aussi se rappelle : « J’allais au Familistère, c’était une épicerie qui faisait office de bar. Il y avait un petit coin où l’on pouvait boire un coup et où l’on tirait le vin au tonneau ; je venais y remplir des bouteilles pour ma grand-mère ».
Le plus sévère vis-à-vis des bistrots est Jean : « Pour moi, les bars sont des rendez-vous de pochtrons et de gens peu cultivés. J’étais facteur, le seul qui ne buvait pas ! Je commençais ma tournée rue David Ferrand, à Rouen ; dès le premier arrêt à un bar les collègues buvaient un verre de blanc, moi, je prenais un lait-menthe mais je devais insister ! Boire un coup, c’est du mauvais folklore. Je voyais des hommes dont la main tremblait en levant leur verre mais ne tremblait plus en le reposant. Quant à mon père, il allait boire son petit ballon de rouge, « Au grain de sel », un bar qui se situait juste sous sa boutique de cordonnier ; il était alcoolique sans jamais être saoul. Dans le quartier, il y avait plus de bistrots que de boulangeries ». Il précise que l’ambiance des bars des villes ne ressemble pas à celle des petits bistrots de campagne où l’on se rend avec quelques amis pour passer un moment.
Eliane a remarqué que les cafés changeaient et attiraient une nouvelle clientèle. « Ils sont devenus des lieux où l’on va une fois par semaine après le marché ou après la messe pour se retrouver. C’est un rituel comme un rendez-vous entre amis et cette clientèle consomme mois d’alcool ».
Odile souligne que, depuis quelques années, des petites communes soutiennent la création de nouveaux lieux pour relancer leur vitalité : « Un autre genre de cafés ouvre dans des villages. Leur modèle économique est différent ; ils varient leurs activités pour offrir davantage de services comme épicerie, dépôt de pain, point relais ou service postal. Les gens viennent faire quelques courses et s’arrêtent boire un café. Cela ramène de la vie au cœur des communes. D’autres projets peuvent naitre dans le sillage de ces nouveaux lieux ». Les municipalités procèdent avec ces commerces comme avec les médecins, et font en sorte d’optimiser leur installation et leur développement.
Dans les villes, ce sont les bars à vin ou à bière qui fleurissent. L’ambiance y est souvent sympathique et la consommation d’alcool plus modérée. « Ces lieux amènent à considérer l’alcool d’une manière plus élégante » note Thierry.
L’inscription des bistrots au patrimoine immatériel de l’Unesco passe peut-être par cette évolution : une consommation d’alcool modérée et un accueil de qualité.




