Les inégalités socio-culturelles mettent à mal l’article premier des Droits de l’homme : selon où ils naissent, les petits Français ne sont pas aussi libres qu’ils le pourraient. Claudie s’inquiète du manque de moyens de l’école pour les enfants des quartiers défavorisés.
Par Claudie Perrot
« Les hommes naissent libres et égaux en droits » proclame l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Pour y parvenir, le système éducatif doit y contribuer. Voilà pourquoi en France, l’égalité des chances à l’école est devenue un idéal. Idéal difficilement atteignable car l’école ne peut pas aplanir toutes les inégalités, largement influencées par l’origine sociale des élèves. Ces derniers ne naissent pas tous dans une famille où les parents peuvent les soutenir dans leurs différents apprentissages, mettre en place des cours particuliers et adopter les bonnes stratégies dans le dédale du système scolaire. Sans oublier « le capital cultuel », à savoir les différents « biens culturels transmis par les différentes actions pédagogiques familiales », qui s’acquièrent, comme l’a démontré le sociologue Pierre Bourdieu, au sein de la famille.
C’est ainsi que les inégalités se creusent dès la petite enfance. Avoir accès à des livres, se faire lire des histoires sont des ressources qui permettent à l’enfant de développer son langage, outil indispensable pour la communication avec autrui et la découverte du monde qui l’entoure. Grâce au langage, l’enfant est mieux préparé à réussir dans la vie.
Les inégalités territoriales nuisent aussi à l’égalité des chances. Selon où elles se situent, les écoles ne bénéficient pas des mêmes moyens pédagogiques, ni du même matériel, ni du même encadrement. Certains établissements sont mieux équipés que d’autres. Dans les quartiers à forte diversité socio-culturelle, l’inexpérience et l’instabilité de l’équipe enseignante handicapent les possibilités d’apprentissages des élèves.
Par ailleurs, certains élèves vivent dans un logement insalubre et exigu ou dans un environnement bruyant et pâtissent, de ce fait, de conditions matérielles de vie peu propices à la concentration nécessaire pour étudier.
Le principe d’égalité des chances à l’école suppose que des moyens éducatifs et sociaux conséquents soient mis en place. Pour réduire les inégalités, il faudrait davantage soutenir les familles modestes avec des bourses d’études, lutter contre le décrochage scolaire dès le plus jeune âge et le remplacement des enseignants absents, combattre les discriminations et favoriser la mixité sociale.
On les réduirait aussi en ouvrant davantage l’école à la culture et en permettant aux écoliers et collégiens de visiter des musées, assister à des spectacles, bref à développer leur curiosité intellectuelle. Faire du théâtre ou de la danse permet d’exprimer ses émotions.
On les réduirait enfin en mettant en place des pédagogies qui prennent plus en compte les inégalités sociales des apprenants. Cela supposerait une formation spécifique des enseignants. Hélas, les moyens mis en œuvre pour favoriser l’éducation prioritaire sont actuellement considérés comme « coûteux et inefficaces et devant être réformés », selon le Sénat. Affaire à suivre….
L’égalité des chances est un idéal difficile à atteindre. Et l’école « seule » n’est pas à même de garantir la réussite des élèves mais elle pourrait au moins tenter de garde ce cap : chercher à tendre vers la bienveillance, dont la racine étymologique est le terme latin « benevolens » : vouloir le bien.




