Une étrange compétition sportive s’est déroulée fin mai à Las Vegas (États-Unis) : les enhanced games (jeux augmentés en français). Les sportifs participant à ces pseudo jeux – non reconnus par les instances sportives – étaient incités à utiliser toutes sortes de produits dopants… ils étaient même payés pour cela.

Revue de presse de la Maison des Aînés.
Étaient présents : Alain, Brigitte, Florence, Françoise, Marie-Laure, Serge, Yvon.

Pour la première édition des enhanced games qui a eu lieu fin mai aux Etats-Unis, trois disciplines seulement étaient représentées : l’athlétisme, la natation avec quelques épreuves de sprint et l’haltérophilie. 
L’idée d’organiser cet évènement avait été lancée par l’entrepreneur australien Aron D’Souza lui-même soutenu par des investisseurs fortunés, certains proches des mouvements libertariens et antidémocratiques. Les organisateurs ont justifié la création de ce championnat par une critique du monde sportif jugé « hypocrite et corrompu » et souhaitaient développer une « surhumanité ».
Selon eux, les règles actuelles empêchent les athlètes de réaliser les performances qu’ils sont en droit d’espérer ; la légalisation du dopage les mettrait tous sur un pied d’égalité et les autoriserait à accéder au plus haut niveau. Marie Laure relativise ce tableau un peu trop idéaliste : « Faire croire que n’importe qui pourra réaliser des performances extraordinaires grâce au dopage est un leurre. Un athlète qui n’a pas le bagage nécessaire ne pourra jamais atteindre le haut niveau. Ces jeux ont surtout été l’occasion de promouvoir des substances – stéroïdes anabolisants, hormones de croissance, testostérone – dangereuses pour la santé, interdites en compétition mais légales aux U.S.A. ». L’argument sanitaire a toujours été repoussé par les organisateurs qui ont promis un suivi médical ; mais, à ce jour, personne ne peut prédire quels seront les effets secondaires des produits. 
C’est en promettant beaucoup d’argent que les organisateurs ont pu inciter des athlètes à les rejoindre : des gratifications dix fois supérieures aux rémunérations habituelles plus une prime de participation, 250.000 € de bonus en cas de victoire et 1 million en cas de record du monde. Une motivation que l’on peut comprendre mais qui s’éloigne encore un peu plus de l’idéal olympique.
Brigitte s’interroge sur la dimension symbolique de ces jeux : « Au-delà de ce championnat, quelle satisfaction peuvent éprouver les athlètes ? La notion de dépassement de soi qui est une valeur forte de la pratique sportive existe-t-elle dans ce cadre » ? 
Ce sont des champions d’un niveau assez moyen mais passionnés, qui ont participé aux Enhanced Games. « Ces athlètes ont sans doute trouvé une satisfaction narcissique à se comparer à des champions de classe internationale », estime Françoise. Pour ces sportifs qui font beaucoup de sacrifices sans jamais accéder au plus haut niveau, « le dopage s’inscrit simplement dans la continuité de leur passion et leur permet de dépasser leurs limites » souligne Yvon. « Ils veulent profiter au maximum de cette période, assez brève, où le corps est au sommet de sa forme ». « On recule les limites de peur que tout s’arrête » suppose Françoise. « Dopé ou pas, les sensations que l’on éprouve en réalisant de grandes performances restent fortes », ajoute Florence, « le corps réagit avec la même euphorie et tous les sportifs ont envie de ressentir cela ». 

Les initiateurs des enhanced games ne sont pas les premiers à se servir du sport pour promouvoir leur vision du monde. Par le passé, les pays de l’ancien bloc soviétique ont utilisé le sport pour montrer leur supériorité vis-à-vis des pays occidentaux. La santé des athlètes était alors complètement négligée comme le rappelle Yvon : « l’U.R.S.S. et la R.D.A. obligeaient les athlètes à suivre des protocoles lourds sans se soucier des conséquences sanitaires ». « La grossesse a été exploitée comme une stratégie de dopage déguisé pour les athlètes féminines. Elles bénéficiaient ainsi d’une poussée hormonale qui les avantageait considérablement pendant plusieurs mois. Les tests antidopage de l’époque étaient inefficaces pour déceler ces stratagèmes » développe encore Marie-Laure.
Les sportifs qui défendaient les couleurs des pays soviétiques n’avaient pas d’autres choix que d’accepter ces traitements au risque de se voir marginaliser socialement. Les enhanced games regroupaient des athlètes volontaires qui ne faisaient qu’assouvir une ambition personnelle. C’est une différence notable mais, comme le dit Florence, « dans un monde où la compétition est de plus en plus présente, combien de temps les athlètes non dopés résisteront-ils à cette tendance » ?