Et si demain, vieillir n’était plus une fatalité ? Elon Musk en est convaincu : les progrès de l’intelligence artificielle et de la biologie pourraient permettre à l’être humain de vivre jusqu’à 160 ans, voire davantage. Une perspective fascinante, mais qui soulève de nombreuses questions, médicales, sociales et même philosophiques.

Par Françoise Samson

Vivre jusqu’à 160 ans : l’idée paraît presque incroyable. Pourtant, elle est au cœur du transhumanisme, courant de pensée selon lequel les nouvelles technologies pourraient augmenter les capacités physiques et intellectuelles de l’être humain, mais aussi repousser les limites de la vieillesse et de la mort.
Elon Musk, PDG de SpaceX et Tesla, imagine ainsi une humanité capable de vivre beaucoup plus longtemps. Laurent Alexandre, médecin futurologue, estime lui aussi que l’intelligence artificielle et la biologie vont contribuer à prolonger considérablement la vie. Sam Altman, co-créateur de ChatGPT, va encore plus loin : selon lui, nous pourrions un jour guérir toutes les maladies liées au vieillissement.
Cette révolution médicale est déjà en préparation. Quelque 700 entreprises de biotechnologie travailleraient sur ces nouvelles technologies, notamment dans la Silicon Valley, en Californie.

Rajeunir nos cellules et prévenir les maladies
Pour les médecins, il ne s’agirait plus seulement de guérir, mais de prévenir.
Nos cellules pourraient être rajeunies, les médicaments deviendraient plus performants et les diagnostics, plus précis et plus rapides. Pourquoi ne pas imaginer retrouver un jour certaines capacités de nos 20 ans ?
La technologie est déjà présentée comme un moyen d’améliorer notre santé. Doctolib a notamment développé un laboratoire de recherche consacré à la santé et à l’utilisation de l’intelligence artificielle pour améliorer les parcours de soins.
Mais vivre beaucoup plus longtemps ne signifie pas seulement vivre plus longtemps en bonne santé. Cela bouleverserait probablement toute notre société.

Que ferons-nous de toutes ces années ?
Va-t-on s’ennuyer ? Si nous vivons 120, 140 ou 160 ans, il faudra bien remplir toutes ces années. Nous pourrions changer plusieurs fois de métier, de compagnon ou de compagne, d’activités et de mode de vie. Une succession de vies en quelque sorte.
On imagine déjà les conséquences : davantage de séparations, de divorces et de familles recomposées. Les mairies auraient même davantage de travail avec les mariages, les divorces, les mentions marginales sur les actes de naissance et les livrets de famille !
Les loisirs et les voyages pourraient également prendre une place considérable dans nos existences. Et pourquoi pas voyager un jour dans le cosmos ?

Des enfants à 80 ans ?
La longévité pourrait aussi bouleverser notre rapport à la parentalité.
À quel âge ferons-nous des enfants ? Quand nous le voudrons ? Il pourrait devenir possible d’être parent à 80 ans et plus.
Plus inquiétant encore : certains jeunes qui souhaitent avoir des enfants pourraient attendre les progrès de la sélection embryonnaire, dans l’espoir de choisir un enfant présentant les meilleures caractéristiques possibles.
Les cerveaux des bébés pourraient également être équipés d’implants ou de puces électroniques. Des « enfants augmentés », capables de performances supérieures à celles des enfants d’aujourd’hui.
Une perspective qui fait peur à certains futurs parents : que leurs enfants soient un jour dominés par ces enfants « neuro-augmentés ». 

Et la retraite ?
Autre révolution en perspective : le travail.
Jusqu’à maintenant, le parcours était relativement simple : on apprenait jeune, on travaillait, puis on partait à la retraite après 60 ans. Autrefois, les anciens transmettaient leur savoir avant de laisser la place aux jeunes.
Mais que se passerait-il si les anciens jeunes restaient au travail pendant des décennies supplémentaires ?
Les nouveaux jeunes pourraient avoir beaucoup plus de difficultés à trouver leur place. Et les conséquences financières seraient considérables pour la Sécurité sociale, les mutuelles et les caisses de retraite.
Une totale réorganisation de notre société serait alors nécessaire.

Dix milliards d’humains… ou une nouvelle vie sur Mars ? 
Si nous vivons 160 ans en 2040, selon Elon MUSK nous serons plus de 10 milliards d’humains sur la terre en 2086. Pas de problème, nous coloniserons l’espace et nous installerons sur la planète Mars. Presqu’un an pour y aller et température de moins 65 °. Voilà qui donne le frisson ! Êtes-vous prêts ?

Qui vivra plus longtemps ?
Mais qui bénéficiera réellement de cette nouvelle longévité ?
Les plus riches, probablement, du moins dans un premier temps. Les autres se contenteront de leur vie actuelle et vieilliront et mourront comme maintenant, faute de pouvoir s’offrir ces traitements révolutionnaires.
Certains affirment toutefois qu’ils finiront par se démocratiser, comme le téléphone portable : très cher au début, puis devenu accessible au plus grand nombre.
Mais cette évolution pourrait créer une nouvelle forme d’inégalité. D’un côté, des humains « augmentés », capables de vivre beaucoup plus longtemps ; de l’autre, ceux qui n’auraient pas accès à ces technologies.
Les jeunes pourraient alors attendre plus longtemps pour accéder aux emplois, mais aussi à l’héritage de leurs parents. De quoi provoquer de fortes tensions entre générations et entre riches et pauvres.
Pourquoi pas une véritable « guerre des longévités » ?

Et si les tyrans vivaient eux aussi 160 ans ?
La question est loin d’être anodine. Nous imaginons volontiers les avantages d’une vie plus longue, mais que se passerait-il si certains dirigeants autoritaires ou tyrans bénéficiaient eux aussi de ces progrès ?
Le rêve d’une vie de 160 ans pourrait alors devenir un cauchemar politique et social.
Nous sommes ici au cœur d’un paradoxe : vouloir vaincre le vieillissement et la maladie est naturellement séduisant. Mais prolonger la vie sans transformer profondément notre société pourrait créer de nouveaux problèmes, peut-être plus importants encore que ceux que nous connaissons aujourd’hui.

Jusqu’où voulons-nous aller ?
La question mérite d’autant plus d’être posée que les spécialistes eux-mêmes ne sont pas tous optimistes.
Laurent Alexandre estime que l’intelligence artificielle et la biologie vont prolonger la vie. À l’inverse, J. G. Garcia, informaticien et professeur à la Sorbonne, considère l’IA comme un super-assistant, sans personnalité ni émotion.
Et Stephen Hawking, l’astrophysicien, avait lancé une mise en garde beaucoup plus inquiétante en affirmant que l’intelligence artificielle pourrait sonner le glas de l’humanité.
Alors, derrière le rêve de vivre 160 ans, une dernière question se pose : que restera-t-il de l’humain lorsque la machine pensera mieux que nous ?