Pour l’édition 2026 de notre série d’été, nous avons eu envie de mettre en valeur ceux qui partagent leurs regards, curiosités, agacements, plaisirs tout au long de l’année au travers de leurs articles. En répondant à une dizaine de questions, Claudie, Emmanuèle, Martine, Ninja, Stéphane et toute la bande du comité de rédaction ont raconté de quel bois ils sont faits ! 

– A 20 ans, je découvre la liberté sexuelle et affective grâce à la pilule :
Avant la loi Veil, qui a dépénalisé et encadré l’interruption volontaire de grossesse en 1975, une première loi a libéré les femmes en France, en leur donnant une liberté sexuelle et affective qu’elles n’avaient jamais connue : la loi Neuwirth, promulguée en 1967, qui a autorisé l’accès aux méthodes anticonceptionnelles, notamment à la pilule contraceptive. J’ai donc profité de cette nouvelle liberté qui a changé fondamentalement la vie des femmes ; je fais partie de cette première génération qui pouvait désormais choisir d’avoir des enfants ou non et quand chacune le souhaitait.

– A 20 ans, j’ai aussi plongé dans l’inconnu :
Mai 68 a représenté pour moi la plongée dans le grand bain politique. Mais après tous les espoirs levés par cette révolution, je n’ai pas supporté le grand retour réactionnaire. J’ai donc décidé de quitter la France pour partir à la découverte de l’immense continent du « tiers-monde » (comme on disait à cette époque !). J’ai acheté un billet sans retour pour le Sénégal ; pour gagner ma vie, j’y ai travaillé comme professeur de français en pleine brousse ; j’ai enseigné Corneille, Racine et Molière à 92 jeunes Sénégalaises (un petit Français) qui préparaient l’École Normale.

– A 30-35 ans, je démarre ma vie professionnelle dans une France socialiste :
Le 10 mai 1981, François Mitterrand a été élu président de la République, porté par une coalition socialiste et communiste sur la base d’un programme commun. La France des conservateurs tremble, la gauche unie espère enfin des changements politiques et sociaux attendus depuis la disparition du Général de Gaulle (1969). Après avoir repris mes études, fin mai 1981, je sors de l’ENA. Petit clin d’œil du lendemain du 10 mai 1981 : un plaisantin avait retourné toutes les vestes des élèves dans le vestiaire ! Ces circonstances politiques favorables au développement des questions sociales, me permettent de démarrer une vie professionnelle sur le terrain ; je choisis l’administration sanitaire et sociale, qui allaient m’ouvrir la porte à des opportunités formidables au service de tous. La passion, notamment pour la santé publique et pour l’éthique médicale, ont été le fil rouge de toute ma vie professionnelle.

– A 55-60 ans, je découvre la vie d’élue politique
A l’issue des élections municipales de 2008, Valérie Fourneyron devient maire de Rouen. C’est la victoire de la gauche et celle d’une femme de cœur, première femme élue maire à Rouen et à la tête d’une grande ville de France. Et par ailleurs une amie. 
Élue moi-même depuis 2004 à la Région Haute Normandie, j’y avais rencontré Valérie Fourneyron et développée une relation d’amitié avec elle. La nouvelle maire me demande de venir la rejoindre en tant qu’adjointe. J’accepte cet honneur et ce plaisir.
Deux mandats à la Région, dont une vice-présidence à la culture pleine d’émerveillement, et deux mandats à la ville de Rouen. J’ai découvert la vie d’une élue locale, le mélange d’une indispensable expertise et la proximité auprès des habitants, beaucoup de travail et de nombreuses responsabilités, au service de tous, également.

– A 70 ans, la retraite, je ne connais toujours pas !
Parmi de nombreuses activités, je m’engage au CnaV (Conseil national autoproclamé de la vieillesse) fondé fin 2021 ; je rejoins rapidement les fondateurs. « Rien pour les vieux sans les vieux » est le mantra du CnaV. Un premier « contre-salon » des seniors à Paris en 2023 obtient un succès inespéré ! Oui, les vieilles et les vieux prennent la parole, s’intéressent à tout, assument sans déni leur vieillesse et revendiquent la liberté de choisir leur vie, leur habitat, leur mort…d’être pleinement citoyen jusqu’au bout !
Les Curieux Aînés connaissent le Cnav que j’ai présenté lors des 5 ans du blog et j’ai rédigé deux articles sur le deuxième contre-salon qui s’est tenu à Bordeaux en 2025.

– Ma dernière colère récente concerne… 
… la prise en otage par la politique politicienne de la proposition de loi sur l’aide active à mourir (le premier texte soumis au Parlement date de 1978 et émanait du sénateur Caillavet !). Le texte actuel est souhaité depuis longtemps par une très large majorité de Français. Les positions manipulatrices de la majorité de droite au Sénat soutenue par de puissants lobbys politico-religieux ont tout tenté pour bloquer le débat et faire échouer la proposition de loi. Est-ce cela la démocratie ?

– 4 vœux j’aimerais voir réaliser de mon vivant :
– que la loi sur l’aide active à mourir soit enfin votée et mise en œuvre.
– que l’extrême-droite ne gagne pas les élections en France. Et si par malheur c’était le cas, que nous ayons la volonté d’organiser la résistance.
– que la paix en Europe et dans le monde soit maintenue ou retrouvée.
– que des décisions soient enfin prises pour protéger notre environnement et pour réduire les inégalités sociales partout sur la planète.
Ces deux derniers vœux paraissent probablement naïfs… mais actuellement, où tant d’espoirs sont abandonnés aux rapports de force et à l’égoïsme, penser collectif et bien commun reste indispensable !

Enfin un coup de chapeau au blog des Curieux Aînés :
Les articles que j’ai écrits pour le blog m’ont apporté un grand plaisir, la liberté d’écrire ce que je pense sur les sujets qui m’intéressent et que je peux partager avec les membres du comité de rédaction. Merci à tous et à Véronique Châtel.